Janez Janša: Nous nous sommes levés et avons survécu

Janez Janša

Nous nous sommes levés et avons survécu

(Analyse des tour­n­ants de l’in­dé­pen­dance et de la guerre pour la Slovénie en 1991)

30 ans d’in­dé­pen­dance de la Slovénie

2021
Ljubljana


AVANT-PROPOS

C’est le mercredi 26 juin que la Slovénie a déclaré son indé­pen­dance (la Décla­ra­tion sur l’in­dé­pen­dance de la Slovénie et la Charte consti­tu­ti­on­nelle fonda­men­tale sur l’in­dé­pen­dance et l’au­to­nomie de la Répu­blique de Slovénie ont été adop­tées la veille), elle est donc effec­ti­ve­ment devenue un État indé­pen­dant et souverain. La même nuit, l’Armée popu­laire yougo­s­lave (JLA) lance une agres­sion armée contre le jeune pays, qui se termine offi­ci­el­lement dix jours plus tard, avec la défaite de la JLA. Ces jours sont ceux qui ressor­tent le plus de l’époque de l’in­dé­pen­dance de la Slovénie, qui peut être étendue de 1987, date de la publi­ca­tion du célèbre 57e numéro de la revue Nova revija, inti­tulé „Contri­bu­tions au programme national slovène“, à 1992, date à laquelle la Slovénie a été reconnue par la plupart des pays.

La nation slovène a été mise à rude épreuve à de nombreuses reprises dans l’his­toire, mais elle a néan­moins survécu pendant de nombreux siècles. L’amour de la patrie, de la nation, de la culture, des tradi­tions, de la reli­gion et de la famille l’a main­tenue en vie dans un envi­ron­ne­ment parfois très hostile. Nous avons même survécu au commu­nisme, le pire et le plus mauvais tota­li­ta­risme de tous les temps, parce que nous avions la foi et parce que nous avons appris de nos ancê­tres ce que signifie être slovène. C’est parce que nous avons le patrio­tisme dans nos gènes et que nous avons toujours su que nous étions spéciaux : bons, travail­leurs et paci­fi­ques, et que par consé­quent, aucune menace ne nous ferait vaciller. Lorsque le moment est venu et que nous avons été confrontés à la menace séri­euse d’être jetés dans le chaudron des Balkans, et effacés à jamais de la mémoire euro­péenne, nous avons pris nos épées et nous nous sommes rebellés contre l’en­nemi yougo­s­lave et nous avons gagné. C’est ainsi que nous avons gagné notre pays il y a 30 ans sur ce beau morceau de terre, où nos grands-parents se sont installés et ont pris racine il y a longtemps.

Cette brochure a été publiée dans un but parti­cu­lier. Elle contient trois textes fonda­men­taux qui sont import­ants pour comprendre l’in­dé­pen­dance et la guerre pour la Slovénie. Ils ont été écrits par Janez Janša, ministre de la Défense de l’époque et actuel Premier ministre, qui a été un acteur clé de cette période. Le premier texte est une analyse des tour­n­ants de l’in­dé­pen­dance, qui a été publiée pour la première fois dans le Livre blanc. L’au­teur y décrit en détail la période comprise entre 1990 et 1991, lorsque la Slovénie était isolée au niveau inter­na­tional dans ses aspi­ra­tions à l’in­dé­pen­dance, et les événe­ments survenus dans le domaine de la poli­tique inté­ri­eure, comment l’op­po­si­tion de gauche de l’époque a entravé Demos et a conclu des pactes avec le gouver­ne­ment fédéral de la Yougo­s­lavie d’alors. Tous ceux qui s’op­po­saient plus ou moins ouver­te­ment à l’État indé­pen­dant ont ensuite pris le pouvoir et se sont partagé le mérite de l’État indé­pen­dant, tandis que les princi­paux mili­tants indé­pen­dan­tistes ont été persé­cutés et envoyés en prison avec de fausses accu­sa­tions et des procès montés.

Le deuxième texte est une analyse de la guerre en Slovénie, qui a été publiée pour la première fois en tant qu’a­vant-propos du livre War for Slovenia. L’au­teur y analyse le conflit mili­taire qui s’est terminé par la défaite de l’agres­seur JLA grâce à l’unité de la nation. „L’unité de la nation, le courage de sa partie armée, la forte volonté poli­tique de la coali­tion gouver­ne­men­tale Demos sous la direc­tion du Dr Jože Pučnik et l’auto-initia­tive d’une multi­tude de comman­dants indi­vi­duels d’unités tacti­ques des TO et de la police ont forgé une victoire dans la guerre pour la Slovénie. Une victoire élevée dans sa fina­lité à l’Olympe slovène, une victoire plus importante que toutes les batailles que nos ancê­tres ont malheu­re­u­se­ment souvent menées aussi au nom des autres à travers les tour­bil­lons de l’his­toire ingrate des siècles passés“, écrit Janša.

Le troi­sième texte est une préface à la III. édition du livre „Premiki“ („Mouve­ments“), qui s’est vendu à près de 100 000 exem­p­laires. Dans le texte d’in­tro­duc­tion, Janez Janša partage ses souve­nirs et analyse les événe­ments depuis son arre­sta­tion (1988) jusqu’à la recon­nais­sance inter­na­tio­nale du nouvel État. L’in­tro­duc­tion et la III. édition sont import­antes car l’au­teur parle de docu­ments et révèle égale­ment certains docu­ments qui n’étaient pas encore connus au moment de la première édition du livre (1992), mais qui sont très import­ants pour comprendre l’in­dé­pen­dance slovène. Comme il s’agit d’un docu­ment ines­tim­able sur une certaine époque, nous conser­vons le texte de Janša dans sa forme inté­grale, tel qu’il a été publié à l’époque. Le livret comprend égale­ment des photo­gra­phies et des graphi­ques, ainsi qu’un message du Premier ministre aux Slovènes à l’oc­ca­sion de la fête natio­nale 2020.

Nos descen­dants ont besoin de savoir comment nous avons construit la souver­ai­neté, comment nous avons ressenti l’amour de la patrie, et combien nous étions recon­nais­sants pour ce moment de l’his­toire. Mais ils doivent aussi savoir qui s’y est opposé. Non pas pour condamner ou persé­cuter qui que ce soit, mais simple­ment parce que ce sont des faits. Le roman­tisme actuel de l’his­toire selon laquelle la Slovénie a acquis sa souver­ai­neté faci­le­ment est une défor­ma­tion des faits et sert d’ex­cuse à ceux qui ont saboté tout ce que le gouver­ne­ment Demos a fait à des moments clés. Il est vrai que la nation était unie, mais la gauche poli­tique de tran­si­tion faisait tout ce qu’elle pouvait à l’époque pour que la Slovénie n’ob­ti­enne pas sa propre armée ni ne devi­enne indé­pen­dante, mais reste plutôt dans le chaudron des Balkans.

Et aujour­d’hui, 30 ans après avoir combattu l’agres­seur et proclamé notre pays, nous consta­tons avec inquiétude que la jeunesse n’est plus certaine que la Slovénie soit une bonne chose, ni que l’amour de son pays soit néces­saire au main­tien d’une nation. Les jeunes pensent que le senti­ment de fierté natio­nale et d’ap­par­ten­ance à la Slovénie est réac­tionn­aire. Alors que les médias et la culture popu­laire renfor­çaient l’idée natio­nale dans ces années-là, le patrio­tisme n’est plus leur style aujour­d’hui. Il semble qu’ils suivent la tendance de haine de la Slovénie et des événe­ments de l’indépendance.

Jože Biščak


Lors du plébi­s­cite du 23 décembre 1990, la nation slovène s’est clai­re­ment et réso­lu­ment prononcée en faveur de l’État indé­pen­dant de la Répu­blique de Slovénie. Néan­moins, au cours des mois suiv­ants, elle s’est heurtée à une forte oppo­si­tion et à des obsta­cles de la part de l’élite poli­tique post-commu­niste natio­nale, ainsi qu’à l’op­po­si­tion et aux menaces de la fédé­ra­tion et des auto­rités étrangères.


PRESQUE TOUT LE MONDE CONTRE NOUS

En 1990 et 1991, la Slovénie était majo­ri­taire­ment isolée au niveau inter­na­tional dans ses aspi­ra­tions et ses efforts pour l’in­dé­pen­dance. Cette situa­tion a été en quelque sorte oubliée, ou du moins occultée au cours des deux dernières décen­nies. L’ana­lyse des causes démon­trera les raisons pour lesquelles cela s’est produit.

Les archives des médias nationaux et étran­gers conti­en­nent de nombreux enre­gis­tre­ments de décla­ra­tions de repré­sen­tants de l’État et de diplo­mates des pays voisins et d’au­tres pays qui ont direc­te­ment exprimé une aver­sion ou une oppo­si­tion ouverte à l’in­dé­pen­dance de la Slovénie.

L’opi­nion la plus opti­miste que l’on pouvait entendre en notre faveur était la phrase concé­dant que la Slovénie pour­rait devenir indé­pen­dante, mais seule­ment en accord avec les autres répu­bli­ques et la fédé­ra­tion. Bien entendu, quiconque affir­mait cela savait très bien que le consen­te­ment des auto­rités fédé­rales, de la JLA et de la plupart des autres répu­bli­ques ne serait pas acquis.

Malgré les tenta­tives d’oubli et d’oc­cul­ta­tion de cette oppo­si­tion, elle est plus ou moins connue et bien docu­mentée, mais elle n’a malheu­re­u­se­ment pas été suffi­sam­ment analysée et déve­lo­ppée par les histo­riens et les spécia­listes des rela­tions internationales.

Lance­ment de criti­ques néga­tives à l’étranger

Les rapports et les conclu­sions des repré­sen­tants étran­gers de la diplo­matie et du rens­eig­ne­ment sont moins connus. Outre le scep­ti­cisme de leurs gouver­ne­ments, et surtout le scep­ti­cisme personnel des diplo­mates étran­gers qui suivaient les événe­ments survenus en Slovénie et dans les pays voisins au moment de l’in­dé­pen­dance, les Slovènes avec lesquels ils commu­ni­quaient ont égale­ment large­ment contribué aux rapports néga­tifs. Les rapports des services de rens­eig­ne­ment et des diplo­mates, ainsi que les tran­scrip­tions des conver­sa­tions télé­pho­ni­ques entre les services nationaux et étran­gers, publiés dans le présent alma­nach, font la lumière sur cet aspect. La première consta­ta­tion choquante à leur lecture est la réali­sa­tion que rien n’a été caché aux étran­gers pour des raisons de confi­den­tia­lité, pas même le plus haut niveau d’in­for­ma­tions clas­si­fiées par l’État. Même les infor­ma­tions concer­nant le contenu du projet stric­te­ment confi­den­tiel de l’Acte consti­tu­ti­onnel sur l’in­dé­pen­dance ont été lues à un diplo­mate italien par un membre de la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie, Ciril Zlobec. Il en allait de même pour la date de l’in­dé­pen­dance, soigneu­se­ment gardée, dont seules quel­ques personnes dans le pays avaient connais­sance. Les membres de l’op­po­si­tion de l’époque, en parti­cu­lier le LDS et l’ac­tuel SD, commu­ni­quaient large­ment leur scep­ti­cisme, voire leur oppo­si­tion à l’in­dé­pen­dance, aux diplo­mates et agents de rens­eig­ne­ment étran­gers. Certains d’entre eux, comme le député LDS Franco Juri, ont ensuite mani­festé publi­que­ment leurs senti­ments en boycottant l’an­nonce de la décision sur l’in­dé­pen­dance, tandis que d’au­tres, notam­ment les succes­seurs de la Ligue des commu­nistes de Slovénie (ZKS), ont tenu un discours diffé­rent auprès du public slovène et des sources étran­gères. Les uns et les autres avaient une atti­tude néga­tive simi­laire à l’égard de toutes les mesures de l’in­dé­pen­dance slovène, en parti­cu­lier celles liées à la défense, qui étaient profon­dé­ment ridi­cu­li­sées. Quel­ques exemples d’une telle approche sont publiés dans le Livre blanc de l’in­dé­pen­dance slovène – Oppo­si­tions, obsta­cles, trahison, publié en 2013 par l’As­so­cia­tion pour les valeurs de l’in­dé­pen­dance slovène.

L’in­for­ma­tion, un atout majeur

Depuis la presta­tion de serment du gouver­ne­ment Démos en mai 1990 jusqu’à la recon­nais­sance inter­na­tio­nale finale et l’ac­cept­ation au sein de l’ONU, les insti­tu­tions slovènes compé­tentes ont tenté de suivre les posi­tions des pays voisins, des insti­tu­tions inter­na­tio­nales et des partis mondiaux les plus influ­ents envers la Slovénie et sa lutte pour l’in­dé­pen­dance. En raison des maigres débuts de notre propre diplo­matie, le travail était extrê­me­ment diffi­cile et les résul­tats les plus import­ants ont été apportés par nos compa­triotes à l’étranger et dans le monde entier. Les Slovènes qui servaient dans la diplo­matie yougo­s­lave, à quel­ques excep­tions hono­r­ables près, n’étaient pas favor­ables à l’in­dé­pen­dance, et nous avons reçu d’eux encore moins d’in­for­ma­tions utiles que des Slovènes occupant des postes de haut rang dans l’Armée popu­laire yougoslave.

Les infor­ma­tions sur les points de vue des parties exté­ri­eures nous sont donc parve­nues princi­pa­le­ment sous la forme suivante :

- les posi­tions annon­cées publi­que­ment par les gouver­ne­ments et les orga­ni­sa­tions internationales,

- infor­ma­tions de compa­triotes de l’étranger et du monde entier,

- les contacts des repré­sen­tants de l’État slovène avec les pays étran­gers, notam­ment avec le personnel diplo­ma­tique d’au­tres pays,

- les rapports des services de rens­eig­ne­ment nationaux,

- les rapports des services étran­gers auxquels la Slovénie a accès grâce au travail de ses propres services ou à l’échange d’in­for­ma­tions (notam­ment avec la Répu­blique de Croatie).


Jusqu’au dernier moment, la plupart des hommes d’État étran­gers ont prôné la préser­va­tion de l’unité de la Yougo­s­lavie (photo : Le prési­dent de la ZIS SFRY Ante Markovič, le ministre yougo­s­lave des affaires étran­gères Budimir Lončar et le secré­taire d’État améri­cain James Baker le 21 juin 1991 à Belgrade).

Au sein du minis­tère de la défense, le service de rens­eig­ne­ment n’a été créé qu’au début de la struc­ture de manœuvre de la protec­tion natio­nale, et pendant la majeure partie de cette période, il comp­tait moins de dix membres employés profes­si­onnel­lement. Malgré la faiblesse de son personnel, ce service, grâce à une coopé­ra­tion patrio­tique avec des Slovènes indi­vi­duels occupant des posi­tions essen­ti­el­lement infé­ri­eures dans la JLA, a recueilli des infor­ma­tions stra­té­gique­ment import­antes qui ont permis une plani­fi­ca­tion réaliste de la résis­tance à l’ag­res­sion et la mise en œuvre tacti­que­ment sage du retrait de la JLA de Slovénie. Grâce à ces sources, nous avons égale­ment obtenu des infor­ma­tions que les repré­sen­tants diplo­ma­ti­ques étran­gers ont parta­gées avec le sommet de la JLA. Dans les dernières étapes de l’in­dé­pen­dance, notam­ment à partir des événe­ments de mai 1991 jusqu’au retrait de la JLA de Slovénie en octobre de la même année, le travail du service de rens­eig­ne­ment mili­taire a été renforcé. Grâce à l’oc­cup­a­tion de certaines instal­la­tions de commu­ni­ca­tion de la JLA et à la saisie d’équi­pe­ments au début de l’ag­res­sion, le service de rens­eig­ne­ment et de sécu­rité (OVS) du minis­tère de la Défense a commencé à inter­cepter les commu­ni­ca­tions cryp­tées de la JLA jusqu’à Belgrade.

Après la réor­ga­ni­sa­tion de la fin de l’année 1990, le Service d’in­for­ma­tion de sécu­rité (VIS) du minis­tère de l’In­té­rieur a égale­ment pénétré certaines sources étran­gères riches en rens­eig­ne­ments par ses propres moyens, et a fourni au moins un aperçu direct partiel de l’en­vi­ron­ne­ment exté­rieur en contrôlant les commu­ni­ca­tions entre les services et les repré­sen­tants étran­gers. Grâce à cette source, nous avons obtenu des infor­ma­tions import­antes sur la mesure dans laquelle l’agres­seur, qui avait un excel­lent accès aux ressources des pays tiers grâce à la diplo­matie yougo­s­lave et aux services à l’étranger, était au courant de nos plans et des capa­cités réelles de la défense slovène. Malheu­re­u­se­ment, seule une partie du VIS, qui comp­tait des centaines d’em­ployés, était inti­me­ment et profes­si­onnel­lement favor­able à l’in­dé­pen­dance. La seconde partie, égale­ment plus importante, du VIS est restée passive, voire opposée. Plutôt que de faire face au danger immé­diat, ils se sont occupés de tout ce qui était possible. Ainsi, le 25 juin 1991, lorsque la décla­ra­tion de guerre a été déli­vrée à la Slovénie, le gouver­ne­ment a reçu du VIS une évalua­tion de la situa­tion dans l’armée roumaine. Un employé du VIS qui gardait une caserne de chars à Vrhnika se serait endormi et n’au­rait pas remarqué qu’une colonne de chars passait par la porte en direc­tion de Ljub­l­jana. La raison pour laquelle le grand bruit de la colonne de chars ne pouvait être entendu n’était proba­ble­ment connue que du VIS.


Même les infor­ma­tions sur le contenu de la propo­si­tion stric­te­ment confi­den­ti­elle de l’acte consti­tu­ti­onnel sur l’in­dé­pen­dance ont été lues libre­ment par un membre de la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie, Ciril Zlobec, au diplo­mate italien.

Grâce à la publi­ca­tion de divers docu­ments des deux services nationaux dans des péri­odi­ques et des livres, le public slovène a pu apprendre les nombreux détails des coulisses des décisions prises sur les différents aspects de l’ag­res­sion contre la Slovénie et l’at­ti­tude des repré­sen­tants des autres pays à son égard.

Il est toute­fois inha­bi­tuel que les publi­ca­tions précé­dentes des mêmes docu­ments ou de docu­ments simi­laires, comme le Livre blanc sur l’in­dé­pen­dance de la Slovénie – Oppo­si­tions, obsta­cles, trahison, n’aient pas suscité d’in­térêt parti­cu­lier de la part des histo­riens ou d’au­tres experts, d’au­tant plus qu’il y a aujour­d’hui en Slovénie au moins cinq fois plus d’ex­perts qu’au moment de l’indépendance.

Désin­térêt pour certains faits et défor­ma­tion d’autres

Cepen­dant, bien que l’op­po­si­tion et l’ob­st­ruc­tion à l’in­dé­pen­dance slovène de l’ex­té­rieur et de l’in­té­rieur aient suscité peu d’in­térêt et encore moins de recher­ches acadé­mi­ques au cours des deux dernières décen­nies, beau­coup plus d’énergie a été investie dans la dépré­cia­tion persi­stante de l’im­por­t­ance de l’in­dé­pen­dance. De nombreux événe­ments et décla­ra­tions ont été passés sous silence ou déformés, tandis que d’au­tres ont été parti­cu­liè­re­ment mis en avant. La défor­ma­tion de la vérité faisait partie de la routine post-indé­pen­dance. La ligne directrice de base était la suiv­ante : Tout ce qui a façonné le système de valeurs majo­ri­taire du peuple en Slovénie au moment de l’in­dé­pen­dance et de la démo­cra­ti­sa­tion au moment du prin­temps slovène, a été rela­ti­visé et fina­le­ment nommé avec une signi­fi­ca­tion opposée. Depuis le plébi­s­cite de décembre 1990, l’in­dé­pen­dance a été constam­ment dénoncée comme la cause géné­rale de toutes sortes de problèmes. Les slogans étaient chaque année plus directs et plus parlants, jusqu’à ce qu’en 2012, lors des soulè­ve­ments dits popu­laires, on ait vu des bande­roles portant les inscrip­tions suiv­antes : „Ils nous volent depuis 20 ans“ ou „En 20 ans, les entre­prises et l’État nous ont été volés“ ou „20 ans d’une élite poli­tique corrompue, ça suffit“ – comme si nous avions vécu au paradis avant l’in­dé­pen­dance et comme s’il n’y avait pas eu en Slovénie de régime tota­li­taire dans lequel le pays était complè­te­ment volé au peuple ; certai­ne­ment beau­coup plus qu’au­jour­d’hui, indé­pen­dam­ment de tous les problèmes actuels.

Depuis la fameuse lettre écrite par Kučan au prin­temps 1991, on a tenté de présenter la résis­tance contre le désar­me­ment des forces armées et la défense de l’État slovène comme un commerce d’armes, et l’éta­b­lis­se­ment des attri­buts de l’État slovène est appelé l’af­faire des effacés. Pendant deux décen­nies, la mani­pu­la­tion a été si intense que les jeunes géné­ra­tions qui gran­dis­saient à l’époque pouvaient faci­le­ment s’in­former sur la ques­tion des „Effacés“ dans la majo­rité des médias publics ; bien plus large­ment que sur les mesures qui ont permis la créa­tion de l’État slovène. Dix ans après sa créa­tion, les premiers drapeaux rouges étoilés sont apparus lors de la célé­bra­tion de la fête natio­nale. D’abord timide­ment, car on savait qu’ils repré­sen­taient le symbole de l’armée agres­sive vaincue dans la guerre pour la Slovénie, puis de plus en plus agres­si­ve­ment, comme si la JLA avait gagné la guerre. Le principal argu­ment des orateurs compre­nait une phrase qui s’est progres­si­ve­ment imposée, à savoir que sans le Mouve­ment de libé­ra­tion natio­nale (MN), il n’y aurait pas de Slovénie indé­pen­dante. C’est comme si la Slovénie indé­pen­dante avait été créée en 1945 et non en 1991. Ainsi, l’im­por­t­ance de l’in­dé­pen­dance a été effacée, ou du moins dimi­nuée lorsque les tenta­tives d’ef­fa­ce­ment ont échoué. Lorsque les gouver­ne­ments de la gauche de tran­si­tion étaient au pouvoir, les programmes de célé­bra­tion de l’État à l’oc­ca­sion des deux plus grandes fêtes natio­nales slovènes, le Jour de l’État et le Jour de l’in­dé­pen­dance et de l’unité, étaient au mieux des événe­ments vides, sans rapport avec l’ob­jectif des fêtes natio­nales, et au pire, pleins de moque­ries ouvertes à l’égard de la Slovénie et des valeurs qui nous ont unis dans une entre­prise d’in­dé­pen­dance commune et réussie.

D’un autre côté, il ne s’est prati­que­ment pas passé une semaine sans que les asso­cia­tions du Mouve­ment de libé­ra­tion natio­nale de Slovénie (ZZB) n’or­ga­nisent des célé­bra­tions pompeuses et coûteuses, pleines de discours haineux et de menaces à l’en­contre des personnes d’opi­nion diffé­rente, accom­pa­gnées de l’ex­po­si­tion de symboles tota­li­taires et d’ac­ti­vités crimi­nelles sous la forme d’al­té­ra­tion des symboles offi­ciels de l’État et de port et d’ex­po­si­tion illé­gaux d’armes mili­taires. Les parti­ci­pants à ces mani­fes­ta­tions de masse étaient pour la plupart des membres rému­n­érés du ZZB, car environ 20 000 d’entre eux reçoivent encore chaque mois des allo­ca­tions de vétéran privi­lé­giées, même si beau­coup sont nés après 1945. Dans certains cas, les privilèges ont été transmis aux descen­dants, comme si nous avions vécu sous une princi­pauté féodale. Ces bacchanales dans le style des rassem­ble­ments de la campagne la plus intense de Miloševič il y a un quart de siècle ont été couron­nées par le rassem­ble­ment du ZZB le 24 décembre 2012 à Tisje, où le secré­taire général de l’or­ga­ni­sa­tion des anciens combat­tants Mitja Klavora, né une décennie après la Seconde Guerre mondiale, nous a de nouveau menacés de massacres.

Pendant plusieurs années après l’in­dé­pen­dance, il a fallu rendre les déco­ra­tions mili­taires en expli­quant que le prési­dent du pays n’était pas léga­le­ment auto­risé à décerner l’ordre de la liberté à des personnes qui n’avaient pas grand-chose à voir avec l’in­dé­pen­dance, voire qui s’y oppo­saient acti­ve­ment. Au bout de dix ans, ils ont commencé à intro­duire déli­bé­ré­ment la confu­sion dans les symboles. Lors du 15e anni­ver­saire de l’in­dé­pen­dance, une contro­verse s’est déclen­chée sur la forma­tion de l’armée slovène et son âge, et lors du 20e anni­ver­saire, le prési­dent de la Répu­blique de l’époque a même “ tonné “ à propos des soi-disant combat­tants de l’in­dé­pen­dance, déclarant qu’il fallait en finir une fois pour toutes avec ce fouillis “ méri­toire “ et tran­si­toire. Heure­u­se­ment, la majo­rité des élec­teurs a choisi de ne pas le réélire à l’aut­omne 2012. La touche finale pour faire honte à l’in­dé­pen­dance et surtout à l’armée slovène a été mise en place peu avant le 22e anni­ver­saire avec la nomi­na­tion du dernier ministre de la Défense.

Les soi-disant „oncles de l’ar­rière-plan“ ont nommé à ce poste une personne qui, en 1991, s’est opposée non seule­ment indi­rec­te­ment, mais acti­ve­ment, par son action poli­tique et son vote, à toute mesure utilisée pour la défense de la Slovénie contre l’ag­res­sion de la JLA. „Je ne suis pas membre du parti poli­tique LDS, mais je partage les mêmes pensées et opinions que Roman Jakič“, a déclaré le colonel de la JLA Milan Aksen­ti­jevic à l’as­sem­blée, après qu’ils aient entravé ensemble les prépa­ra­tifs de défense à un moment extrê­me­ment critique. Le deuxième chapitre de cet alma­nach contient de nombreux exemples concrets de mesures faisant obstacle à l’in­dé­pen­dance, portant la signa­ture de Roman Jakič et de ses partisans de l’op­po­si­tion de gauche. Si seule­ment quel­ques-uns de leurs amen­de­m­ents à la légis­la­tion clé en matière de défense avaient été adoptés, la Slovénie n’au­rait pas été en mesure de se défendre avec succès contre l’ag­res­sion de la JLA en juin 1991.


Au moment de l’in­dé­pen­dance, l’op­po­si­tion s’est souvent opposée avec véhé­mence aux efforts en faveur de l’in­dé­pen­dance slovène (en photo : les députés LDS Gregor Golobič, Zoran Thaler et Jožef Školč).

Au lieu d’une opérette, une véri­table puis­sance militaire

L’ob­jectif fonda­mental était égale­ment de détruire tous les efforts de la Slovénie pour mettre en place un système de défense effi­cace, capable de résister à la tenta­tive attendue et décisive de Belgrade d’em­pêcher notre indé­pen­dance par la force. Cela est démontré dans des dizaines de docu­ments du Livre blanc de l’in­dé­pen­dance slovène. Ceux-ci compren­nent les efforts de la poli­tique commu­niste slovène de la JLA pour désarmer le TO, que le Dr Jože Pučnik et Ivan Oman ont décrit à juste titre comme une trahison de la Slovénie, par le biais de la soi-disant Décla­ra­tion pour la paix, qui exigeait le désar­me­ment unila­téral rapide de la Slovénie, et les contacts en coulisses avec les géné­raux de la JLA et les poli­ti­ciens de Belgrade, sur lesquels le public apprend de nouvelles infor­ma­tions de temps en temps lorsque les archives de Belgrade s’ou­vrent ou lorsque l’un des parti­ci­pants écrit un livre de mémoires du côté opposé. Ce n’est qu’a­près quel­ques années, lorsque les poli­ti­ciens de gauche ont fait de leur mieux pour fournir au général agres­seur Konrad Kolšek un passe­port slovène, que l’on a compris pour­quoi la décla­ra­tion de guerre offi­ci­elle accom­pa­gnée d’un ulti­matum envoyé à la Slovénie par le général Kolšek le matin du 27 juin 1991, qui a été larguée sous forme de tracts par les avions de la JLA, n’était pas adressée au comman­dant suprême et prési­dent de la prési­dence Milan Kučan, mais au Premier ministre Lojze Peterle, qui, selon la Consti­tu­tion de l’époque, n’avait prati­que­ment aucun pouvoir dans le domaine de la défense. En raison de contacts et d’ac­cords anté­ri­eurs, Kolšek et d’au­tres agres­seurs considé­raient appa­rem­ment Milan Kučan comme l’un de ceux sur lesquels ils pouvaient compter dans la période suivant l‘ “opérette de l’in­dé­pen­dance“, lorsque le gouver­ne­ment Demos se désin­té­gre­rait sous l’effet d’un leadership brisé et fini­rait devant les tribu­naux mili­taires ou le peloton d’exécution.


Le Parti du renou­veau démo­cra­tique, dirigé par Ciril Ribičič, qui a succédé à la Ligue des commu­nistes de Slovénie, avait de nombreuses inquiétudes quant à l’in­dé­pen­dance de la Slovénie.

En raison du soutien élevé à l’in­dé­pen­dance lors du plébi­s­cite et de l’hu­meur posi­tive envers l’in­dé­pen­dance du public slovène – y compris une faction de membres dans les partis de gauche, les oppo­sants à l’in­dé­pen­dance ne s’y sont géné­ra­le­ment pas opposés ouver­te­ment, mais ont plutôt appliqué des tacti­ques indi­rectes, ce qui se reflète dans les slogans devenus popu­laires au prin­temps 1991, par exemple “ L’in­dé­pen­dance oui, mais de manière paci­fique.… „, ou “ L’in­dé­pen­dance oui, mais sans armée „, ou encore “ La volonté du peuple exprimée lors du plébi­s­cite doit être réalisée, mais seule­ment par des négo­cia­tions et des accords „, ou encore : „Les Slovènes n’ont pas voté pour la guerre lors du plébi­s­cite !“, ou encore : „La décla­ra­tion d’in­dé­pen­dance de la Slovénie doit aller de pair avec le début immé­diat des négo­cia­tions avec les autres répu­bli­ques sur un nouveau lien confédéral.“

En outre, il ne s’agis­sait pas seule­ment de slogans ; au prin­temps 1991, des réunions des partis de gauche slovènes ont eu lieu, notam­ment le succes­seur du ZKS et le prédé­ces­seur de l’ac­tuel SD, avec les anciens partis commu­nistes des autres répu­bli­ques de l’an­ci­enne RSFY. L’une de ces réunions qui s’est tenue avec Ciril Ribičič et ses cama­rades et les commu­nistes bosnia­ques et croates à Otočec, a été accom­pa­gnée de grands titres de jour­naux dans toute l’ex-Yougo­s­lavie, appelant à une nouvelle inté­gra­tion yougoslave.

Le calcul des oppo­sants à l’in­dé­pen­dance slovène, nationaux et étran­gers, était basé sur l’at­tente d’une direc­tion brisée. Ils ont calculé qu’une Slovénie indé­pen­dante serait proclamée de manière eupho­rique, mais ne serait pas réalisée. („ Les rêves sont permis aujour­d’hui, demain est un nouveau jour ! “) Ils ont cru et essayé d’y contri­buer autant que possible en pensant que les forces de défense slovènes ne seraient pas en mesure d’oc­cuper les postes-fron­tières et les points d’in­fra­st­ruc­ture clés du pays et de limiter la manœuvre de la JLA, et qu’au bout de quel­ques jours tout cela tour­ne­rait comme un épisode d’opé­rette, après quoi il serait clair pour tout le monde dans le pays que nous étions isolés de l’Oc­ci­dent, que nous ne contrô­lions pas notre propre terri­toire et que personne ne nous aide­rait, que personne ne nous recon­naî­trait et que nous nous cognions la tête contre un mur de béton.

Après un tel résultat, on s’at­ten­dait à la désin­té­gra­tion de la coali­tion Démos et à la chute du gouver­ne­ment, suivie d’une prise de pouvoir totale. Ils s’at­ten­daient aussi sûre­ment à la fin du rêve d’une Slovénie indé­pen­dante, se considé­rant comme les sauveurs des Slovènes contre les dange­reux aven­tu­riers de Démos. Ou, comme l’a dit le prési­dent de la LDS de l’époque, „Il vaut mieux négo­cier pour une Slovénie indé­pen­dante pendant cent ans que de se battre pendant un jour.“ Ces attentes sont litté­ra­le­ment confir­mées par les mémoires du Premier ministre de l’époque, Ante Markovič, égale­ment publiés dans la section suiv­ante du présent alma­nach, concer­nant la rencontre entre lui et l’op­po­si­tion de gauche slovène juste avant la guerre, le 12 juin 1991 :

„La conver­sa­tion de Markovič avec l’op­po­si­tion a donné lieu à une évalua­tion commune selon laquelle les contra­dic­tions du Demos au pouvoir sont telles que seul le 26 juin le main­tient ensemble. Si rien ne se passe le 26 juin qui puisse renforcer le circuit Démos, il ne reste plus beau­coup d’espoir pour le gouver­ne­ment, ou plus précis­é­ment : si un processus est lancé après le 26 juin, courant simul­ta­né­ment dans les deux sens, vers l’in­dé­pen­dance et la réin­té­gra­tion, le gouver­ne­ment Démos tombera en été, ou au plus tard en septembre.“

Après une rencontre avec l’op­po­si­tion de gauche slovène, Markovič a égale­ment convaincu le prési­dent croate Franjo Tudman de la proba­bi­lité d’une telle tournure des événe­ments en Slovénie. Des années plus tard, Tudman a parlé de la guerre d’opé­rette en Slovénie, dissi­mu­lant son soutien à Markovič. Cepen­dant, le 27 juin 1991, il rompt la promesse faite et l’ac­cord signé sur la résis­tance commune des deux pays en cas d’ag­res­sion de la JLA. L’in­dé­pen­dance d’opé­rette a en fait été réalisée par la Croatie en juin 1991, lors­qu’elle a déclaré son indé­pen­dance mais n’a pas pris le pouvoir effectif. Le prix que la Croatie a payé en vies, pour la naïveté de Tudman, a été énorme.

J’ai moi-même été témoin de plusieurs prédic­tions et allu­sions ouvertes simi­laires de la part de poli­ti­ciens slovènes de gauche, sans parler des diplo­mates étran­gers. Certains membres de la prési­dence de la répu­blique de l’époque, le vice-premier ministre et son ministre des finances, qui ont démis­si­onné quel­ques mois avant la guerre, et de nombreux autres citoyens „respec­ta­bles“ avaient la même convic­tion. J’ai rencontré l’un d’entre eux, qui avait alors une grande carrière dans la Slovénie indé­pen­dante, juste avant la guerre sur la place Kongresni trg.

Il m’a dit d’un ton quelque peu mépri­sant : „Pour un État indé­pen­dant, on n’a pas besoin d’une vision, mais de divi­sions“. Je ne lui ai pas expliqué que nous avions cela aussi, car il ne m’au­rait de toute façon pas cru.

Selon le récit et les multi­ples presta­tions enre­gis­trées publi­que­ment de l’an­cien membre de la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie, Ivan Oman, qui était le seul de la prési­dence à soutenir systé­ma­ti­que­ment les prépa­ra­tifs de défense contre une agres­sion, le Dr Jože Pučnik – lors d’une des nombreuses pauses pendant les négo­cia­tions de la loi sur le plébi­s­cite en novembre 1990 – a demandé au Haut Repré­sen­tant du SD d’au­jour­d’hui pour­quoi ils avaient compliqué à l’excès et s’étaient fonda­men­ta­le­ment opposés à toutes les propo­si­tions d’in­dé­pen­dance. Il lui a répondu qu’il devait comprendre qu’eux et leur option poli­tique ne voyaient pas d’avenir dans l’indépendance.

Depuis la victoire de Demos aux élec­tions d’avril 1990, les princi­paux poli­ti­ciens slovènes de gauche ont travaillé contre la créa­tion de réelles capa­cités d’in­dé­pen­dance, indé­pen­dam­ment des préten­tions publi­ques occa­si­onnelles. Leurs campa­gnes les plus import­antes jusqu’au 26 juin étaient les suivantes :

1. Le désar­me­ment de la défense terri­to­riale en mai 1990, où ils ont aidé la JLA de toutes les manières possi­bles. Cette ques­tion est abordée dans le premier chapitre de cet almanach.

2. La „Décla­ra­tion de paix“ de février 1991, qui exigeait direc­te­ment le désar­me­ment unila­téral rapide de la „Slovénie à peine armée“.

3. Le vote constant contre les mesures visant à garantir l’in­dé­pen­dance (loi sur la défense, loi sur le service mili­taire, budget de la défense) à l’As­sem­blée. Toutes les lois énumé­rées ont été adop­tées de justesse avec quel­ques voix de la majo­rité Démos. Ceci est discuté dans le deuxième chapitre de cet almanach.

4. Infor­ma­tion des services étran­gers et des diplo­mates sur les secrets d’État les plus import­ants des plans opéra­ti­on­nels pour l’in­dé­pen­dance (date exacte, liste des fonc­tions de la fédé­ra­tion que la Slovénie avait l’in­ten­tion de prendre effec­ti­ve­ment en main).

5. La péti­tion pour la démis­sion du procureur général d’État Anton Drobnič, qui avait été envoyée au public quel­ques jours avant la décla­ra­tion de la Slovénie indé­pen­dante sous la direc­tion de Milan Kučan et de Spomenka Hribar (elle me l’a offerte pour que je la signe dans son bureau prési­den­tiel). Juste avant la guerre, ils ont voulu secouer davan­tage le Démos avec elle, car la péti­tion était signée par certains poli­ti­ciens de premier plan du SDZ et des Verts de Slovénie.

6. Annonce de la grève du syndicat de la police pour le 27 juin 1991.


Dans certains jour­naux slovènes, divers auteurs s’op­po­saient ouver­te­ment à l’in­dé­pen­dance slovène (photo : article dans Mladina, inti­tulé „Slovénie indé­pen­dante ? Non, merci !“, 21 mai 1991).

Le 25 juin 1991, la Slovénie a effec­ti­ve­ment repris la majo­rité des anci­ennes compé­tences fédé­rales (fron­tières, douanes, poli­tique moné­taire, contrôle de l’espace aérien, opéra­tions et contrôle des changes) et le 26 juin, avec le soutien et la joie géné­rale de la popu­la­tion, elle a déclaré son indé­pen­dance. Le même jour et le lende­main, elle a résisté avec succès à la première vague d’ag­res­sion, si bien que certains poli­ti­ciens de gauche ont eu des doutes sur le succès de leur attente d’une „décla­ra­tion d’in­dé­pen­dance d’opé­rette“. Néan­moins, leurs patrons ont fait tout leur possible pour tirer des avan­tages poli­ti­ques égoïstes et mesquins d’une telle situa­tion également.

L’an­cien ministre multiple dans les gouver­ne­ments de gauche italiens (pour la justice, le commerce exté­rieur, vice-ministre des affaires étran­gères) et haut repré­sen­tant de l’In­ter­na­tio­nale socia­liste, Piero Fassino, a publié un livre inti­tulé Out of Passion (Per passione, Milano, 2003), où à la page 292 il écrit comment le 27 juin 1991, il a rendu visite à Milan Kučan et Ciril Ribičič à Ljub­l­jana, et comment ils l’ont supplié (soll­eci­tando) que „la gauche itali­enne et euro­péenne ne devrait pas donner l’in­dé­pen­dance des anci­ennes répu­bli­ques yougo­s­laves à la droite“. Dans les mois qui ont suivi cette visite, c’est le ministre socia­liste italien des affaires étran­gères, Gianni de Michelis, qui, en tant qu’homme poli­tique euro­péen, a émis le plus de criti­ques à l’en­contre de l’État slovène. Il n’a accepté la recon­nais­sance euro­péenne de la Slovénie qu’à la dernière minute. Même lorsque le prési­dent italien Fran­cesco Cossiga a visité notre pays le 17 janvier 1992, après que l’Union euro­péenne ait déjà reconnu la Slovénie, de Michelis a vive­ment attaqué le prési­dent pour cela. Néan­moins, Milan Kučan lui a décerné l’in­signe d’hon­neur de la liberté un peu plus tard. Et il en connais­sait clai­re­ment la raison.


Jaša Zlobec et Franco Juri (photo avec Ciril Ribičič et Lev Kreft), les oppo­sants les plus extrêmes à toutes les mesures néces­saires à l’in­dé­pen­dance, sont devenus les ambassa­deurs de l’État auquel ils s’étaient opposés à sa naissance.

Tout ne s’est pas passé comme prévu pour les oppo­sants à l’in­dé­pen­dance slovène. La Slovénie n’a pas souf­fert d’un leadership brisé. La JLA et tous ceux qui, comme dans le cas du processus JBTZ ou ceux qui se sont ralliés au désar­me­ment du TO slovène, avaient compté sur cette issue projetée pour faire le sâle boulot à leur place, se sont heurtés au mur de la déter­mi­na­tion slovène et des prépa­ra­tifs sérieux de défense.

La venge­ance de ceux à qui on a volé l’État de la RSFY

Le ressen­ti­ment était grand. Au lieu d’ad­mettre honnête­ment qu’ils avaient tort, ou au moins de se taire, des indi­vidus influ­ents (ils n’ont été pour­suivis par personne pour leurs actes qui étaient à la limite de la trahison ou même pire) ont commencé à lancer des campa­gnes de propa­gande contre les mili­tants indé­pen­dan­tistes immé­dia­te­ment après la guerre et avant la recon­nais­sance inter­na­tio­nale, et ont commencé à renverser des membres indi­vi­duels de Démos et ensuite, le gouvernement.

D’autre part, les personnes qui s’étaient le plus expo­sées par des acti­vités anti-indé­pen­dance ou qui s’étaient oppo­sées aux mesures visant à la garantir, indé­pen­dam­ment de leurs qualités profes­si­onnelles et person­nelles par ailleurs, ont connu une promo­tion person­nelle rapide. Lors­qu’on lit les résumés des oppo­si­tions, des obst­ruc­tions et des mauvais compor­te­ments géné­raux au sein du Parle­ment slovène au moment de la prise des décisions clés concer­nant l’in­dé­pen­dance, ou les docu­ments et les enre­gis­tre­ments du quatrième chapitre concer­nant la forma­tion d’un pacte avec l’agres­seur au niveau local et dans la poli­tique en général, on ne rencontre prati­que­ment pas un seul nom qui serait exposé, d’une manière ou d’une autre, à la critique publique ou même à la condam­na­tion pour des actions dont l’his­toire a indis­cu­ta­ble­ment confirmé qu’elles étaient mauvaises et même nuisibles.

Le prési­dent de la LDS de l’époque, Jožef Školč, est devenu ministre de la Culture et même prési­dent de l’As­sem­blée natio­nale ; le membre de la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie Ciril Zlobec, qui a révélé un secret d’État de premier ordre aux services étran­gers, est resté membre de la prési­dence jusqu’à la fin de son mandat et est même devenu vice-prési­dent de l’Aca­démie slovène des sciences et des arts ; Ciril Ribičič, qui a adressé des poli­ti­ques étran­gères contre la recon­nais­sance inter­na­tio­nale de la Slovénie, est devenu juge consti­tu­ti­onnel et même membre de la Commis­sion de droit inter­na­tional de Venise. Un membre de la direc­tion de l’Union sociale-démo­crate de Markovic, Rado Bohinc, est devenu ministre des sciences puis ministre de l’in­té­rieur, puis chan­ce­lier de l’uni­ver­sité de Primorska. Franco Juri et Jaša Zlobec, les oppo­sants les plus extrêmes à toutes les mesures néces­saires à l’in­dé­pen­dance, sont devenus ambassa­deurs du pays auquel ils s’op­po­saient au moment de sa nais­sance. Leur ardent complice dans l’ob­st­ruc­tion à l’in­dé­pen­dance, Roman Jakič, devint même ministre de la Défense. Aurelio Juri est devenu membre du Parle­ment euro­péen, et Sergij Peljhan est devenu ministre de la Culture. Jože Mencinger, qui a déserté le gouver­ne­ment quel­ques mois avant la guerre en disant qu’il ne croyait pas à l’in­dé­pen­dance, est devenu le chan­ce­lier de l’Uni­ver­sité de Ljub­l­jana et le proprié­taire de l’In­stitut Bajt. Marko Kranjec, qui l’a rejoint dans sa déser­tion, est d’abord devenu ambassa­deur, puis gouver­neur de la Banque de Slovénie. La liste est trop longue pour les citer tous. Les jour­na­listes et les rédac­teurs, qui ont semé le doute ou exprimé une oppo­si­tion ouverte au moment de l’in­dé­pen­dance, ont égale­ment progressé très rapi­de­ment. Une carrière tout aussi bril­lante atten­dait ceux qui, issus des milieux univer­si­taires, se sont acti­ve­ment opposés au plébi­s­cite en faveur d’une Slovénie indé­pen­dante, puis à l’in­dé­pen­dance elle-même. L’échan­tillon a égale­ment été trans­féré à l’éco­nomie. Lors de la première vague de priva­ti­sa­tions, la plupart des entre­prises ont été „priva­ti­sées“ par des personnes qui avaient déploré la possi­bi­lité de survie écono­mique de la Slovénie deux ans plus tôt. Lors de la deuxième vague, cepen­dant, ce sont ces personnes ou leurs descen­dants qui ont reçu des prêts poli­ti­ques privi­lé­giés des banques d’État. L’in­fâme Veno Karbone alias Neven Borak est passé du bureau du prési­dent Kučan à celui de Premier ministre, puis est devenu protec­teur de „l’in­térêt national“ sous couvert de protec­teur de la concur­rence, empêchant l’ar­rivée d’in­ves­tis­seurs étran­gers et la concur­rence pour les magnats nationaux, et a ensuite pris le poste d’émi­nence grise à la Banque de Slovénie.

Malgré une indé­pen­dance réussie vis-à-vis de Belgrade, les rêves de temps nouveaux n’ont été auto­risés qu’un jour, puis des méca­nismes de promo­tion à l’en­vers ont été mis en place dans la société. Plus une personne s’op­po­sait à l’in­dé­pen­dance ou était scep­tique à son égard et plus elle était atta­chée fami­lia­le­ment, poli­ti­que­ment ou émoti­on­nel­lement à l’an­cien État de la RSFY, plus ses chances de carrière et de succès poli­tique dans la Slovénie indé­pen­dante étaient grandes. Ils ont travaillé sans relâche en minia­ture, entre Triglav et Kolpa, pour établir un pachalik commu­niste, qu’ils avaient perdu entre Triglav et Vardar. Et dans une certaine mesure, ils ont réussi. Aujour­d’hui, parmi tous les pays qui ont émergé sur le terri­toire de l’an­ci­enne RSFY, l’ico­no­gra­phie commu­niste et yougo­s­lave ne prévaut dans de nombreux événe­ments qu’en Slovénie, et ce n’est qu’en Slovénie que les anciens fonc­tionn­aires commu­nistes yougo­s­laves reçoivent encore des complé­ments de retraite spéciaux.

La campagne visant à discré­diter l’in­dé­pen­dance slovène se pour­suit encore aujour­d’hui : des accu­sa­tions de trafic d’armes aux „Effacés“, en passant par les décla­ra­tions du prési­dent de l’As­so­cia­tion des vétérans de guerre pour la Slovénie, selon lesquelles c’est l’in­dé­pen­dance qui a divisé la nation slovène aupa­ra­vant unie. Les acteurs du discrédit sont devenus plus agres­sifs d’année en année, à mesure que la mémoire de la géné­ra­tion qui a vécu direc­te­ment l’in­dé­pen­dance s’est estompée. Toute personne qui souli­gnait les mani­pu­la­tions était discré­ditée et ridi­cu­lisée par les médias. Le réseau de l’an­cien SDV, qui compte plus de 10 000 employés imbri­qués dans l’ap­pa­reil judi­ci­aire et poli­cier, les insti­tu­tions paraé­ta­ti­ques telles que la commis­sion de lutte contre la corrup­tion ou le commis­saire à l’in­for­ma­tion, et les agences de détec­tives privés, est resté agres­si­ve­ment actif. Cepen­dant, le mono­pole média­tique de la gauche de tran­si­tion, qui diminue chaque année l’im­por­t­ance de l’in­dé­pen­dance et glorifie les gains révo­lu­ti­onn­aires de la soi-disant guerre de libé­ra­tion natio­nale (NOB), n’a fait que se renforcer depuis 1992 après une courte accalmie au moment de l’indépendance.

La résis­tance à la défor­ma­tion de l’his­toire serait prati­que­ment impos­sible aujour­d’hui s’il n’y avait pas la préser­va­tion de docu­ments et d’en­re­gis­tre­ments datant d’une bonne ving­taine d’an­nées, quel­ques histo­riens précis et les efforts des parti­ci­pants qui ont écrit leurs mémoires. Plus ou moins les mêmes acteurs qui voulaient par tous les moyens empêcher la révé­la­tion de la falsi­fi­ca­tion dras­tique de l’his­toire à partir de 1941, et qui affir­maient publi­que­ment chaque jour qu’ils ne permet­traient pas qu’elle soit déformée (lire : ils ne permet­t­ront pas la vérité), ont, en revanche, trans­féré leurs méthodes de défor­ma­tion du régime tota­li­taire à l’ère post-indé­pen­dance. En défen­dant l’his­toire déformée de 1941 à 1990, le même travail a été utilisé pour la période après 1990. Le lavage de cerveau quoti­dien se fait par le biais des médias de masse et la base en est contenue dans les commen­taires, les sympo­siums, les manuels et programmes scola­ires, ainsi que dans les docu­men­taires ou émis­sions quasi-documentaires.

Tout cela, bien sûr, est payé avec l’ar­gent des contribuables.


Dans certains jour­naux slovènes, divers auteurs se sont ouver­te­ment opposés à l’in­dé­pen­dance slovène. Vous pouvez trouver de nombreux arti­cles à ce sujet dans le „Livre blanc de l’in­dé­pen­dance slovène – Oppo­si­tions, obsta­cles, trahi­sons“. Une sélec­tion spéciale de ces arti­cles peut égale­ment être consultée au Musée de l’in­dé­pen­dance slovène à Ljub­l­jana (voir photos ci-dessus). Les efforts pour obtenir l’in­dé­pen­dance ont été ridi­cu­lisés par tous les médias slovènes contrôlés par la gauche, en parti­cu­lier Mladina et Dnevnik. La „blague“ avec un point noir est tirée de Mladina du 26 janvier 1990, éditée par Miran Lesjak. Sous le point noir, ils ont cyni­que­ment écrit en petites lettres : „Exer­cice 1 : regardez droit dans le point noir pendant si long­temps que vous verrez une Slovénie indé­pen­dante. Répétez l’ex­er­cice tous les jours“. Des acti­vités simi­laires ont été menées par le député LDS Franco Juri avec ses cari­ca­tures dans Delo et plus tard dans Dnevnik.

Les fonde­m­ents de la Slovénie indé­pen­dante sont les valeurs du prin­temps slovène – la fonda­tion de la RFSY était un crime

La Consti­tu­tion slovène contient le texte du serment qui est prononcé par tous les hauts fonc­tionn­aires de l’État après leur élec­tion. Par ce serment, ils s’en­ga­gent à „respecter la Consti­tu­tion, à agir selon leur consci­ence et à œuvrer de toutes leurs forces pour le bien-être de la Slovénie“. Le test permet­tant de déter­miner si un acte, un compor­te­ment ou un programme d’un indi­vidu, d’un groupe, d’un parti ou d’une option poli­tique est réel­lement conforme au serment consti­tu­ti­onnel est assez simple.

Lors­qu’un indi­vidu, un groupe, un parti ou une option poli­tique met en avant et souligne les valeurs, les événe­ments et les réali­sa­tions de l’in­dé­pen­dance slovène, qui nous ont placés sur la carte du monde et autour desquels les Slovènes sont de loin les plus unis et unifiés de leur histoire, alors il travaille confor­mé­ment au texte et à l’esprit du serment constitutionnel.

Mais lors­qu’un indi­vidu, un groupe, un parti ou une option poli­tique met en avant les événe­ments et les péri­odes qui nous ont divisés et détruits en tant que nation, il agit contr­ai­re­ment au texte et à l’esprit du serment consti­tu­ti­onnel. Et aucune époque n’a été plus dest­ructrice pour la nation slovène que la révo­lu­tion commu­niste frat­ri­cide, par laquelle la clique crimi­nelle a profité de la diffi­cile période d’oc­cup­a­tion et des senti­ments patrio­ti­ques authen­ti­ques des Slovènes pour s’emparer du pouvoir par la force. Aujour­d’hui, on peut faci­le­ment apprendre à connaître un homme à travers ce papier tour­nesol. Aucun de ceux qui glori­fient l’époque de la guerre frat­ri­cide de 1991 n’est sincè­re­ment favor­able à l’in­dé­pen­dance. Pour l’État slovène, qui, malgré la divi­sion de la poli­tique, a été créé à l’époque avec le fort consen­te­ment du peuple, il s’agis­sait d’un déni fonda­mental des fonde­m­ents sang­lants de la désin­té­gra­tion de la RSFY.

Comme nous le savons depuis long­temps et comme on peut le voir plus en détail dans les docu­ments présentés, nous n’étions pas tous favor­ables à l’in­dé­pen­dance. Selon les résul­tats du plébi­s­cite, quelque 200 000 personnes et la majeure partie de la nome­n­cla­tura post-commu­niste en Slovénie, la plupart du reste de l’an­ci­enne RSFY et la majeure partie de la poli­tique mondiale se sont formel­lement oppo­sées à l’in­dé­pen­dance de la Slovénie. Parmi les 200 000 oppo­sants nationaux à l’in­dé­pen­dance, il y avait environ 50 000 extré­mistes. Certains d’entre eux ont pris part à l’ag­res­sion contre la Slovénie les armes à la main, d’au­tres ont refusé avec dégoût la citoy­enneté slovène et ont émigré du pays après la défaite de la JLA. Certains sont restés et ont trouvé refuge dans les partis de gauche slovènes. Beau­coup de ceux qui ont refusé la citoy­enneté slovène et ont quitté la Slovénie en même temps que l’armée vaincue ou même avant, ont commencé à revenir après quel­ques années, quand la Slovénie a progressé, quand d’au­tres parties de l’ex-Yougo­s­lavie étaient à la traîne et quand la pension moyenne dans notre pays était dix fois plus élevée que la pension moyenne en Serbie et en BiH. D’abord discrè­te­ment, puis de plus en plus bruyam­ment, un groupe de personnes dites effa­cées a commencé à se former. Les quel­ques centaines de cas justi­fiés où des indi­vidus ont voulu régler le statut d’étranger ou même la citoy­enneté, mais n’ont pas réussi pour des raisons objec­tives, ont été suivis par des milliers de spécu­la­teurs, qui ont trahi la Slovénie au moment de sa nais­sance et qui aujour­d’hui récla­ment des dommages et inté­rêts aux contri­bu­ables slovènes avec l’aide de la poli­tique de gauche anti-slovène.

Malgré les obsta­cles, l’op­po­si­tion et les trahi­sons, l’in­dé­pen­dance slovène vis-à-vis de Belgrade a réussi. Mais il y avait une autre option …

Source : Asso­cia­tion pour les valeurs de l’in­dé­pen­dance slovène : „Livre blanc de l’in­dé­pen­dance slovène – Oppo­si­tions, Obsta­cles, Trahi­sons.“ Nova obzorja, d. o. o., Ljub­l­jana 2013


Le 27 avril 2013, l’en­semble des diri­ge­ants de l’État slovène ont parti­cipé à la célé­bra­tion à Ljub­l­jana avec une scéno­gra­phie commu­niste, qui rappelait complè­te­ment l’époque où la Répu­blique fédé­rale socia­liste de Yougo­s­lavie tota­li­taire exis­tait encore.


Le „Livre blanc de l’in­dé­pen­dance slovène – Contra­dic­tions, obsta­cles, trahi­sons“ révèle comment une grande partie de la nomen­kla­tura post-commu­niste slovène a rejeté l’in­dé­pen­dance slovène.


Les docu­ments publiés dans l’an­tho­logie „La guerre pour la Slovénie“, qui se succè­dent dans le temps, mont­rent clai­re­ment comment s’est déroulée l’ag­res­sion de la JLA contre la Slovénie, comment nous nous sommes défendus et sauvés et avons vaincu mili­taire­ment l’Armée fédé­rale yougoslave.


Janez Janša a été vice-prési­dent de l’Union démo­cra­tique slovène, membre de la première assem­blée démo­cra­ti­que­ment élue de la Répu­blique de Slovénie en 1990 et ministre de la défense au moment de l’in­dé­pen­dance de la Slovénie en 1990–1992. Aujour­d’hui, il est le prési­dent du Parti démo­cra­tique slovène et, pour la troi­sième fois, le Premier ministre de la Répu­blique de Slovénie.

(1) Membres de la JLA capturés, par province
Total des membres capturés de la JLA : 2 663
Dont offi­ciers et sous-offi­ciers : 253
Total des membres croisés de la JLA : 3 090
Dont offi­ciers et sous-offi­ciers : 281
Offi­ciers et sous-offi­ciers / Civils / Soldats

(2) Total des membres de la JLA ayant changé de camp : 3.090
Dont offi­ciers et sous-offi­ciers : 281
Offi­ciers et sous-offi­ciers / Civils / Soldats

(3) Morts et blessés parmi les membres du TO et de la JLA, par province
JLA morts / blessés
TO morts / blessés

Nombre de membres des TO, par jours

Maté­riel de guerre confisqué lors des opéra­tions de combat
Armes d’infanterie
Armes antiblindées
Armes de défense aérienne
Véhi­cules blindés
Véhi­cules à moteur
Armes d’artillerie
Moyens de liaisons
Moyens électroniques

L’In­fo­graf repré­sente la quan­tité d’ar­me­ments et d’équi­pe­ments mili­taires confis­qués lors des opéra­tions de combat des TO. Outre les fonds indi­qués dans le graphique, entre le 26 juin et le 17 juillet 1991, le RS TO a saisi environ 7 millions de muni­tions pour armes d’in­fan­terie, 20 000 muni­tions pour diverses armes anti­blin­dées et antiaé­ri­ennes, environ 400 000 tonnes de mines et de petites quan­tités d’équi­pe­ments d’in­ten­dance, sani­taires et ABKO. Ces quan­tités ne compren­nent pas les armes et les équi­pe­ments confis­qués par la police pendant les hostilités.


Janez Janša en tant que Premier ministre de la Répu­blique de Slovénie à son arrivée à la céré­monie princi­pale à l’oc­ca­sion de la Journée de l’armée slovène le 15 mai 2021.


Trente ans après l’in­dé­pen­dance de la Slovénie, l’armée slovène reste une fois de plus en phase avec son temps et est prête à relever plusieurs défis de l’époque actuelle.


Analyse de la guerre en Slovénie

L’Europe, et l’Union euro­péenne en parti­cu­lier, est aujour­d’hui large­ment un lieu de paix et de progrès au moins relatif, mais certaines nations vivant au cœur de l’UE sans leur propre État s’ef­for­cent néan­moins de devenir une nation et une entité indé­pen­dante dans la commu­n­auté internationale.

Les Cata­lans aime­raient décider par réfé­rendum s’ils veulent faire séces­sion de l’Es­pagne démo­cra­tique, et les Écos­sais s’ils veulent conti­nuer à faire partie du Royaume-Uni ou non. Plus large­ment encore, sur la planète Terre aujour­d’hui, il existe de nombreuses nations beau­coup plus grandes que la Slovénie, mais qui n’ont pas leur propre pays, même si, à quel­ques excep­tions près, en règle géné­rale, tout le monde le souhaite. Les Slovènes ont récem­ment gagné le droit d’avoir leur propre pays.

Le centre de valeur de la nation

Dans l’his­toire de chaque nation qui se construit, il y a un moment précis qui a permis à la nation de devenir souver­aine, c’est-à-dire d’être son propre maître. Ce moment, géné­ra­le­ment lié aux événe­ments qui ont permis l’in­dé­pen­dance, le place­ment sur la carte du monde et la recon­nais­sance inter­na­tio­nale, est vénéré par les nations comme quelque chose de „sacré“, de sorte que des fêtes natio­nales lui sont cons­a­crées, des villes, des places, des rues ou des déco­ra­tions portent son nom et des événe­ments sont orga­nisés pour le célé­brer. Une telle période suscite une atti­tude posi­tive de la part de la majo­rité des citoyens ou des membres de la nation. Un tel moment repré­sente le centre des valeurs de la nation. Pour nous, Slovènes, c’est le moment de l’in­dé­pen­dance. Dans cette période, qui s’étend dans l’his­toire de 1987 à 1992, les jours de la guerre en Slovénie se distin­guent. Ce sont les semaines, les jours et les heures de juin et juillet 1991, où tout était en jeu. Un avenir indé­pen­dant et euro­péen pour les Slovènes, un système démo­cra­tique, notre reli­gion et notre consti­tu­tion, la prospé­rité et nos vies. Ce furent les jours où la nation – qui avait été désarmée en mai 1990 – a une fois de plus défendu ses droits, déclaré l’in­dé­pen­dance de la Slovénie et résisté à l’ag­res­sion de l’Armée popu­laire yougoslave.

À cette époque, un petit pour­cen­tage de Slovènes qui, avec le soutien massif de la nation, ont pris toutes les armes dispo­nibles et se sont opposés, avec la défense civile, à ce qui était tech­ni­que­ment la cinquième armée la plus puis­sante d’Europe, ont réalisé l’im­pos­sible grâce à leur courage et ont écrit l’acte final de la tran­si­tion de la nation slovène vers l’in­dé­pen­dance. Le courage des Slovènes a été admiré par le monde entier à cette époque. Les repré­sen­tants des pays les plus puis­sants du monde, qui préten­daient quel­ques jours avant la guerre qu’ils ne nous recon­naî­traient jamais, ont changé leur posi­tion grâce à notre courage.

En quel­ques jours, la presse mondiale a changé d’at­ti­tude envers la Slovénie et s’est rangée de notre côté. Le maga­zine améri­cain à grand tirage People a publié un article sur la guerre pour la Slovénie inti­tulé „The Mouse That Roared“. Les Slovènes du monde entier, comme un seul homme, sont descendus dans les rues des métro­poles, ont inondé les gouver­ne­ments de lettres et d’ap­pels, et ont soutenu la lutte de leur patrie contre Goliath. Malgré l’op­po­si­tion à l’in­dé­pen­dance d’une partie de la poli­tique de gauche, la nation était unie. Unie comme jamais aupa­ra­vant, et très coura­geuse. Ce furent „les plus belles heures“, les heures saintes, une note élevée de la nation slovène. Nous nous sommes levés et avons survécu.

Les chif­fres en disent aussi long

Ce fait histo­rique indis­cu­table ne peut être changé ou déformé. On ne peut pas non plus l’ou­blier ou l’éclipser, bien que cela ait été constam­ment tenté depuis 1991. D’au­cuns ont demandé, en se moquant, „Y a‑t-il eu une guerre en Slovénie ?“, mais bien sûr seule­ment une fois que le dernier soldat agres­seur a quitté la Slovénie en octobre 1991. Alors que les voix des oppo­sants à l’in­dé­pen­dance slovène, affir­mant qu’il n’y a pas eu de véri­table guerre en Slovénie, sont deve­nues de plus en plus fortes et média­ti­sées au fil des années depuis l’ag­res­sion de la JLA contre la Slovénie, para­doxa­le­ment, les histo­riens de Serbie n’ont aucun doute à ce sujet. Le livre de deux histo­riens serbes (Kosta Nikolič, Vladimir Petrovič : Guerre en Slovénie / juin-juillet 1991, Docu­ments de la prési­dence de la RSFY, Institut d’his­toire contem­poraine, Belgrade 2012) porte un titre sans ambi­guïté : La guerre en Slovénie.

Les géné­raux de la JLA et les poli­ti­ciens de la RSFY, qui ont envoyé des chars et des troupes sur nous, préten­dent avoir défendu la Yougo­s­lavie et ses fron­tières inter­na­tio­na­le­ment recon­nues, mais ils ne nient pas la guerre. Ils ne nient même pas qu’ils ont été vaincus en Slovénie.

Dans leurs mémoires, les offi­ciers de la JLA du 5e district mili­taire, qui ont dirigé opéra­ti­on­nel­lement l’ag­res­sion contre la Slovénie, décrivent en détail comment ils ont vécu ces jour­nées de juin et juillet 1991 et comment „l’amer­tume de la défaite en Slovénie leur est tombée dessus“. En raison de la défaite de la première vague d’ag­res­sion, le comman­dant du 5e district mili­taire, le général Konrad Kolšek, a été remplacé par le comman­dant de l’époque du 3e district mili­taire, le général Žiko Avra­movič. Cepen­dant, deux jours après son arrivée, Avra­movič répète le sort de Kolšek et subit une défaite encore plus sévère.

Les chif­fres ont égale­ment leur mot à dire. Le 26 juin 1991, la JLA lance une agres­sion contre la Slovénie avec des unités tota­li­sant 22 000 soldats, offi­ciers et sous-offi­ciers. Les analyses publiées dans le livre War for Slovenia mont­rent que la JLA a eu 48 morts et 116 blessés dans la guerre pour la Slovénie, les unités TO ont capturé 2 663 de ses membres dans les combats, tandis que 3 090 ont volon­taire­ment fui du côté slovène.


Les habi­tants près de Komenda à Goren­jska regar­dent les soldats de l’agres­seur JLA se tenir près des véhi­cules blindés le 27 juin 1991, au début de la guerre pour la Slovénie.

Sur ses 22 000 membres, la JLA a perdu au moins 5 917, soit plus d’un quart, en un peu plus de 7 jours de combat, parmi lesquels une propor­tion dispro­por­ti­onnée – au moins 534 – d’of­fi­ciers et de sous-offi­ciers en service actif.

Pour la première compa­raison : Le TO de la RS (en tenant compte des pertes dues aux acci­dents) comp­tait 9 morts et 44 blessés, et la police slovène 4 morts. La JLA n’a capturé qu’un seul offi­cier du TO. Personne n’est passé du TO à la JLA.

Pour une deuxième compa­raison (car les propos désob­li­ge­ants et cinglants sur la non-guerre en 1991 provi­en­nent princi­pa­le­ment de membres du ZZB) : Entre le 6 avril 1941 et le 9 mai 1945, les unités de partisans slovènes, avec leurs propres lourdes pertes, ont neutra­lisé beau­coup moins de membres des forces d’oc­cup­a­tion itali­ennes et alle­mandes que le TO et la police n’ont réussi à le faire en dix jours de guerre pour la Slovénie, malgré le fait que pendant la Seconde Guerre mondiale, les deux occup­ants menti­onnés ont envoyé en Slovénie des forma­tions mili­taires princi­pa­le­ment de seconde classe avec exac­te­ment le même armement.

Les renforts envoyés par les géné­raux Kolšek et Avra­movič en Slovénie étant pour la plupart stoppés dès leur entrée, les unités de la JLA restées en Slovénie avant l’ac­cord de Brioni se trou­vaient stra­té­gique­ment dans une posi­tion tota­le­ment subor­donnée à tous égards. Le 26 juin, la JLA a commencé la guerre non seule­ment sur le plan tech­nique, mais aussi de manière dispro­por­ti­onnée en termes de nombre. La Slovénie n’était pas en mesure d’ap­peler aux armes autant de membres des TO que la JLA en avait direc­te­ment sur son terri­toire. La raison, bien sûr, était le manque d’ar­me­ment. Moins de 10 jours plus tard, la situa­tion a complè­te­ment changé en faveur de la Slovénie. Non seule­ment la Slovénie a pu armer 35 300 de ses soldats (à l’ex­clu­sion des membres de la police) dès le 5 juillet grâce aux armes et équi­pe­ments confis­qués, mais avec l’aide des armes lourdes acquises, en parti­cu­lier les armes anti­chars et antiaé­ri­ennes, elle a pu compter sur une résis­tance réussie à toute force que la JLA serait en mesure d’en­voyer contre le jeune État slovène.

Ce fait a eu une influ­ence décisive sur le chan­ge­ment de stra­tégie de Miloševic. Son plan initial, le plan A – avec l’aide de la JLA et de l’ad­mi­nis­tra­tion de la RSFY pour former une Yougo­s­lavie centra­lisée dans ses anci­ennes fron­tières et sous domi­na­tion serbe directe – a échoué avec la défaite de la JLA en Slovénie. Vers le 10 juillet 1991, les diri­ge­ants serbes ont fina­le­ment décidé de passer au plan B, à la forma­tion d’une grande Serbie.


Instantanés de la salle d’opé­ra­tion du groupe de coor­di­na­tion qui a dirigé la défense de la Répu­blique de Slovénie au début du mois de juillet 1991.

Docu­ments de la guerre pour la Slovénie

Les docu­ments publiés dans l’al­ma­nach Guerre pour la Slovénie suivent, en règle géné­rale, l’ordre chro­no­lo­gique de leur création.

La présen­ta­tion commence par un ordre de créa­tion d’un groupe de travail perma­nent de l’or­gane de coor­di­na­tion, émis le 7 mai 1991. Grâce à la créa­tion en temps utile d’un groupe de coor­di­na­tion (ci-après égale­ment le Quar­tier général de la défense slovène, coor­di­na­tion ou quar­tier général) le 18 mars 1991 et à l’in­tro­duc­tion d’une perma­nence au début du mois de mai, nous étions suffi­sam­ment préparés pour faire face à la première mesure séri­euse de puis­sance contre la JLA avec l’in­ci­dent de Pekre.

La présen­ta­tion se termine par une analyse de la perfor­mance au combat des forces armées slovènes du 26 juin au 17 juillet 1991, qui a été discutée le 18 juillet 1991 lors d’une réunion de l’état-major de la défense slovène et du groupe de coordination.

Une annexe spéciale à la fin du livre présente la partie intro­duc­tive du plan Okop (Bedem) de la JLA, qui a été en partie utilisée par l’agres­seur comme base de l’at­taque contre la Slovénie et qui illustre le mieux l’état d’esprit des hauts respons­ables mili­taires de la JLA et des hauts respons­ables poli­ti­ques de la RSFY. Ils étaient convaincus que leur pouvoir était prati­que­ment illi­mité et qu’ils étaient capa­bles de vaincre même l’OTAN, sans parler de la pauvre Slovénie. Malheu­re­u­se­ment, de nombreux oppo­sants inté­ri­eurs influ­ents à l’in­dé­pen­dance slovène étaient égale­ment convaincus de la puis­sance de la JLA, de son idéo­logie commu­niste-parti­sane et de ses armes, et c’est pour­quoi ils ont été si convaincus tout au long, et surtout depuis le désar­me­ment des forces armées slovènes en mai 1990 et le plébi­s­cite de décembre de la même année. Ils ont joué la carte de „l’in­dé­pen­dance d’opé­rette“, comp­tant sur une décla­ra­tion d’in­dé­pen­dance de la Slovénie (le jour où les rêves sont permis), qui, en raison de la force de la JLA, ne peut être réalisée dans la pratique, et donc d’au­tres nations se sont immé­dia­te­ment propo­sées pour s’unir dans une nouvelle Yougo­s­lavie. Telle était la doctrine offi­ci­elle, présentée publi­que­ment, des sociaux-démo­crates (alors encore ZKS-SDP). Des docu­ments et des témoi­gnages à cet effet sont publiés dans le Livre blanc de l’in­dé­pen­dance slovène (Nova obzorja, juin 2013).

Le premier chapitre, „Les derniers prépa­ra­tifs de la défense de la Slovénie“, contient un grand nombre de docu­ments jusqu’ici pour la plupart inédits ou moins connus, rela­tifs au travail du Groupe de coor­di­na­tion, du minis­tère de la Défense, du minis­tère de la Défense natio­nale et de la police en mai et juin 1991, alors que, d’une part, on prenait consci­ence du grand jour J qui, plus que tout autre jour de notre histoire, déci­de­rait de l’avenir de la nation slovène, et que, d’autre part, le temps était concentré sur les prépa­ra­tifs fiév­reux de la défense contre la menace appa­rente pour cet avenir. Les événe­ments de Pekra, l’en­lè­ve­ment du comman­dant de la 7e divi­sion aéro­portée et la première victime de l’ag­res­sion contre la Slovénie, l’achè­ve­ment des plans pour réussir l’ob­st­ruc­tion et le blocus des unités de la JLA, et les efforts pour fournir à l’OT des armes d’in­fan­terie, au moins en urgence, se distin­guent tous dans cette période.

Le deuxième chapitre „Le baptême du feu dès la nais­sance“ couvre la période du 25 juin au 10 juillet 1991, moment où la guerre pour la Slovénie a été gagnée. La période commence avec la procla­ma­tion de la Slovénie indé­pen­dante à l’As­sem­blée et la reprise effec­tive des passages de fron­tières, des douanes, du contrôle du trafic aérien, de l’in­spec­tion des changes et d’au­tres compé­tences fédé­rales jusqu’a­lors, ainsi que la mise en place de postes de contrôle fron­ta­liers sur la nouvelle fron­tière de l’État avec la Croatie. En raison de l’émis­sion de la date correcte pour la prise de pouvoir effec­tive par Ciril Zlobec, membre de la Prési­dence de la Répu­blique de Slovénie, la période commence par une inter­ven­tion parti­el­lement préma­turée des unités du corps de la JLA de Rijeka à Primorska et Goriška et par un dilemme stra­té­gique consi­stant à savoir s’il faut utiliser les armes pour la défense avant ou seule­ment après la décla­ra­tion d’in­dé­pen­dance. Le chapitre se termine par des docu­ments créés le 10 juillet 1991. Ce jour-là, l’état-major slovène a réussi à neutra­liser les plus fortes tenta­tives de la JLA de justi­fier et de tourner à son avan­tage les conclu­sions très ambi­guës des négo­cia­tions de Brioni, récu­p­é­rant ainsi tout ce qu’il avait perdu dans la lutte.

L’un des docu­ments centraux de ce chapitre est l’ordre d’état-major du 28 juin 1991 : l’ordre „offensif“. Quel­ques phrases de ce docu­ment attes­tent de plusieurs choses. Tout d’abord, ce docu­ment est le reflet d’une recon­nais­sance précise et oppor­tune de la situa­tion à la fron­tière. C’est, dans la plupart des grandes batailles ou guerres, le moment où il dépend de la compré­hen­sion précise et oppor­tune du moment et par consé­quent des décisions précises des comman­dants quant à l’en­droit où la balance va pencher. Le 28 juin 1991 est le jour où, après le blocage réussi de nombreuses colonnes blin­dées et le premier goût de la défaite, la JLA a utilisé massi­ve­ment l’avia­tion pour atta­quer des instal­la­tions civiles. Le but était évident : démon­trer sa supé­rio­rité dans les airs et semer la peur parmi les défens­eurs et la popu­la­tion. Nous savions que cette décision serait suivie par des renforts blindés des corps de Varaždin et de Zagreb et que l’équi­libre d’ur­gence, établi le 27 juin, était en jeu.

Nous avions besoin d’armes lourdes et d’ac­tions réus­sies pour remonter le moral. Le meilleur des deux en même temps, il était donc grand temps d’at­ta­quer les entre­pôts de la JLA et de mettre en œuvre les plans préparés à l’avance sous le nom de code „Acqui­sis­tion“. Le même jour, le peloton de recon­nais­sance de la brigade spéciale de Krkovič s’est emparé d’un grand entrepôt d’armes, de mines et d’équi­pe­ments mili­taires près de Borov­nica lors d’une opéra­tion éclair, sans faire de victimes. Tous les parti­ci­pants méri­tent la plus haute déco­ra­tion de l’in­dé­pen­dance, signe de liberté, pour cette opéra­tion. Peut-être qu’une Slovénie indé­pen­dante aura un jour un prési­dent de la Répu­blique qui, comme eux, aura le cœur à l’in­dé­pen­dance et qui leur remettra cette décoration.


La guerre a laissé derrière elle des ravages, mais aussi la joie d’avoir réussi à défendre le jeune pays et la patrie de la Slovénie.

Il y a eu de nombreux événe­ments très import­ants dans la guerre en Slovénie, qui ont tissé de manière décisive la trame de la victoire. La première analyse de la RŠTO, publiée dans le troi­sième chapitre, souligne à juste titre l’arrêt des colonnes blin­dées à Medve­djek et sur le pont près d’Ormož au début des combats. L’at­taque au mortier sur la piste de l’aé­ro­port mili­taire de Cerklje, qui a fait fuir l’es­ca­dron aérien de la JVL vers Bihač, peut être placée dans la même caté­gorie. S’y ajou­tent la conquête des postes fron­tières de Rožna dolina, Šentilj et Holmec, le blocage des colonnes blin­dées de la JLA en de nombreux endroits du pays, la chute d’hé­li­co­p­tères ennemis, la capture des derniers entre­pôts de la JLA, etc.

Néan­moins, après une étude plus détaillée de toutes les opéra­tions de combat des forces armées et de la police slovène et de leur posi­ti­on­ne­ment dans le temps et dans un contexte plus large, l’opé­ra­tion de combat la plus importante des forces armées slovènes pour gagner la guerre en Slovénie peut faci­le­ment être iden­ti­fiée. Il s’agit sans aucun doute de l’oc­cup­a­tion de l’en­trepôt de la JLA près de Borov­nica. Lors de cette opéra­tion, une poignée de membres de la brigade spéciale a confisqué une plus grande quan­tité d’armes, de mines et d’équi­pe­ments mili­taires que toutes les unités de partisans slovènes dans toutes les opéra­tions de combat de la Seconde Guerre mondiale réunies (les saisies lors de la capi­tu­la­tion de l’Italie et de l’Al­lemagne après la défaite sur les champs de bataille mondiaux sont exclues). Le succès a égale­ment été complet parce que l’en­trepôt a été occupé en vue de la grande concen­tra­tion d’unités de la JLA dans la caserne de Vrhnika, d’où elles auraient pu détruire l’en­trepôt avec des canons et des roquettes, si elles avaient décou­vert l’opé­ra­tion à temps. Mais l’unité qui a pris le contrôle de l’en­trepôt a convaincu l’opé­ra­teur radio, qui devait faire un rapport à Vrhnika toutes les 30 minutes, sur la situa­tion dans l’en­trepôt, de conti­nuer à rapporter au comman­de­ment comment tout était en ordre dans l’entrepôt.

Pour para­phraser la célèbre décla­ra­tion de Winston Chur­chill après la bataille aéri­enne pour l’An­gle­terre, on peut dire que jamais dans l’his­toire de la nation slovène autant de personnes n’ont dû autant de grati­tude à une poignée de leurs compatriotes.

Le troi­sième chapitre, „Évalua­tions et conclu­sions“, présente les docu­ments du 10 au 17 juillet 1991. La partie centrale de ce chapitre est l’ana­lyse de l’opé­ra­tion de combat des forces armées slovènes, qui a été réalisée en continu ou immé­dia­te­ment après les acti­vités de combat. Cette proxi­mité dans le temps a ses avan­tages et ses incon­vé­ni­ents. L’in­con­vé­nient est le manque de temps, qui n’a pas permis aux quar­tiers géné­raux répu­bli­cains et provin­ciaux des forces armes slovènes d’ex­aminer séri­eu­se­ment les évalua­tions et les véri­fi­ca­tions supplé­men­taires avec tous les comman­de­m­ents subor­donnés. Le côté positif, cepen­dant, est que les esti­ma­tions écrites, qui ont en fait été faites „sur place“, sont sans ratio­na­li­sa­tions et embel­lis­se­ments ulté­ri­eurs. Tout ce qui a constitué une multi­tude de décisions tacti­ques diffé­rentes à différents niveaux dans le cadre d’une stra­tégie de défense unifiée, dont le résultat était – avec tous les avan­tages et incon­vé­ni­ents – une victoire mili­taire ou une victoire dans la guerre en Slovénie, a été enre­gistré et évalué.

Des expé­ri­ences précieuses de jours décisifs

Les docu­ments publiés dans cette collec­tion sont le reflet de l’époque à laquelle ils ont été créés et des personnes qui les ont créés. Certains rapports et ordres sont rédigés de manière profes­si­onnelle et disent tout ce qui était néces­saire sans mots super­flus. D’au­tres sont de qualité infé­ri­eure et ne conti­en­nent pas certains éléments néces­saires. Certains sont même écrits à la main, en fonc­tion des circon­stances spéci­fi­ques de la guerre. Les docu­ments actuels, ainsi que les données numé­ri­ques et les connais­sances géné­rales sur la guerre en Slovénie, permet­tent bien sûr d’éva­luer les perfor­mances des différents comman­de­m­ents provin­ciaux, des sous-groupes de coor­di­na­tion et, enfin et surtout, des quar­tiers géné­raux qui ont dirigé la défense de la Slovénie. Tout cela montre la forma­tion et la moti­va­tion d’in­di­vidus et de comman­de­m­ents entiers, ainsi que, dans certains endroits, l’in­flu­ence de cette partie de la poli­tique slovène qui ne comp­tait que sur une indé­pen­dance d’opé­rette et, dans certains endroits, même en pleine guerre, trai­tait la JLA plus favor­a­ble­ment que l’armée slovène.

Dans une moindre mesure, les docu­ments font réfé­rence au rôle de la police slovène, qui était stra­té­gique­ment important pour la défense de la Slovénie, car ces docu­ments avaient déjà été rassem­blés et publiés dans diverses autres publi­ca­tions. Bien entendu, le tableau n’était pas le même partout. Alors que dans certains endroits (par exemple dans la région de Primorska Sud), ses unités étaient plus actives que les unités et les comman­de­m­ents de l’armée slovène, dans d’au­tres (par exemple dans la région de Dolen­jska), elles ne tiraient prati­que­ment pas un seul coup de feu. Plus tard, para­doxa­le­ment, c’est surtout le personnel de Dolen­jska qui a connu une promo­tion au sein de la police et du minis­tère de l’Intérieur.

En lisant les docu­ments, le lecteur rencon­trera direc­te­ment ou indi­rec­te­ment des infor­ma­tions et des points d’in­térêt qui ont été oubliés en 23 ans, ou qui n’ont jamais été connus de tous. En 1991, l’au­teur de ce texte a été direc­te­ment impliqué dans la créa­tion ou la lecture d’un grand nombre des ordres, direc­tives, rapports et analyses actuels. Néan­moins, en éditant l’an­tho­logie et en la reli­sant, il est tombé sur de nombreux détails qui sont intéres­sants aujour­d’hui, mais qui à l’époque, en pleine guerre et dans la concen­tra­tion du temps, n’étaient même pas remar­qués. De même, aujour­d’hui, en raison du laps de temps suffi­sant, en lisant les analyses, nous prenons encore plus consci­ence de certaines des erreurs que nous avions commises.

L’une des erreurs que j’ai commises pendant la période de prépa­ra­tion de la défense de la Slovénie a été de consentir à pour­suivre la réor­ga­ni­sa­tion de la défense terri­to­riale, qui a réduit le nombre de quar­tiers géné­raux provin­ciaux de 13 à 7, et de fusi­onner les quar­tiers géné­raux muni­ci­paux en quar­tiers géné­raux régionaux. Du point de vue du grave danger qui nous mena­çait, nous aurions dû arrêter la réor­ga­ni­sa­tion, car la nouvelle struc­ture, notam­ment des quar­tiers géné­raux régionaux, nous a causé de nombreux maux de tête. En plus de compli­quer les liens natu­rels avec les commu­n­autés locales, la réor­ga­ni­sa­tion a apporté beau­coup de bureau­cratie et des méthodes de direc­tion et de comman­de­ment pas assez élaborées.

Une autre erreur simi­laire a été notre sous-esti­ma­tion de l’im­por­t­ance de nouveaux symboles et uniformes. En d’au­tres termes, dans un contexte de grave sécher­esse finan­cière, l’éva­lua­tion des prio­rités était insuf­fi­sante. Bien que nous fussions menacés par la guerre, le ministre des Finances, Marko Kranjec, avec le fort soutien de l’op­po­si­tion et de la majo­rité du gouver­ne­ment, a alloué de très maigres fonds aux forces armées slovènes, que nous avons dû cons­a­crer presque entiè­re­ment à l’achat d’armes. En raison du non-soutien et parfois de la résis­tance ouverte de la majo­rité des membres du comman­de­ment suprême et de la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie au renfor­ce­ment de la défense (4 membres de la prési­dence ont signé une décla­ra­tion en février 1991 affir­mant que la Slovénie n’avait pas besoin d’une armée), et en raison de l’énorme ater­moie­ment et de la résis­tance de l’op­po­si­tion à l’ad­op­tion d’un budget de la défense, nous n’avons reçu les fonds déjà maigres pour la défense qu’au prin­temps, ce qui a séri­eu­se­ment compromis l’achat de quan­tités au moins modestes d’armes anti­chars et d’armes d’in­fan­terie. Nous avons pu commencer à former l’armée régu­lière trop tard, c’est-à-dire seule­ment en mai 1991, et seule­ment pour deux petites unités.

Il ne restait rien pour les uniformes, et les nouveaux symboles de l’État n’ont pu être déter­minés par le Parle­ment que le 25 juin 1991, en raison de l’op­po­si­tion. Néan­moins, nous aurions dû impro­viser et équiper au moins les unités les plus import­antes de nouveaux uniformes avant la guerre. Surtout, il n’y a aucune excuse pour ne pas avoir fourni suffi­sam­ment de cocardes pour les chapeaux mili­taires jusqu’à l’in­dé­pen­dance. Par consé­quent, les criti­ques concer­nant le manque d’in­si­gnes et de nouveaux uniformes appa­rais­sant dans les rapports de combat de nombreux états-majors sont tout à fait fondées.

Les rapports et les analyses mont­rent que nous avons eu des diffi­cultés à mobi­liser les unités. Jusqu’a­lors, il était resté caché au public que la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie n’avait pas déclaré la mobi­li­sa­tion, même le 27 juin 1991, lors­qu’elle a établi l’ag­res­sion et émis un ordre d’uti­li­sa­tion des armes. Les unités ont été rassem­blées avec des appels à une mobi­li­sa­tion „expé­ri­men­tale“, qui rele­vait de la responsa­bi­lité du RŠTO, comme s’il s’agis­sait d’un exer­cice mili­taire. D’une certaine manière, c’est ainsi que cela a réussi. Il y avait plusieurs raisons pour une telle approche, mais nous ne les décou­vri­rons proba­ble­ment jamais toutes. Si chacun avait agi comme il l’au­rait dû, le 25 juin 1991, le PRAMOS, la fameuse loi de la RSFY sur la mobi­li­sa­tion, n’au­rait plus été valable en Slovénie.

La réponse des membres des forces armées appelés a été en moyenne élevée, mais pas partout. C’est à Ljub­l­jana et en partie à Maribor que l’on a rencontré le plus de problèmes et que l’on a constaté le moins de réponses. Nous avons dû lancer 30 à 50 % d’ap­pels supplé­men­taires pour les unités indi­vi­du­elles afin d’att­eindre au moins 90 % d’unités complètes. La première période après l’ag­res­sion à Ljub­l­jana a été parti­cu­liè­re­ment critique, car la réponse n’a atteint un pour­cen­tage satis­faisant que 10 heures après la mobi­li­sa­tion. Après la fin de la guerre, les auto­rités compé­tentes ont en quelque sorte oublié de prendre des mesures à l’en­contre de ceux qui se sont sous­traits à l’appel, ce qui a provoqué à juste titre une mauvaise humeur parmi tous ceux qui ont immé­dia­te­ment répondu à l’appel pour défendre la patrie. Dans l’en­semble, la réponse a été bien meilleure dans les campa­gnes et les petites villes que dans les centres nationaux et régionaux.

Outre les lacunes et les erreurs admi­nis­tra­tives et géné­rales menti­onnées au niveau de l’État, les docu­ments publiés permet­tent égale­ment une compré­hen­sion rela­ti­ve­ment bonne des événe­ments au niveau provin­cial et muni­cipal. De nombreux événe­ments dans les rapports de combat ne sont pas décrits de manière suffi­sam­ment détaillée, mais il est néan­moins possible de comprendre où les problèmes et les erreurs se sont produits. Parfois, le simple fait que l’évé­ne­ment qui s’est produit était connu et important n’est pas du tout menti­onné dans les rapports. Par exemple, certains passages fron­ta­liers ont été occupés par la JLA sans résis­tance, alors qu’il était possible de les défendre. De nombreuses barri­cades n’étaient ni minées ni défen­dues, elles ne consti­tuaient donc pas des obsta­cles majeurs pour les chars de la JLA. Dès le premier jour de la guerre, il était clair qu’en de nombreux endroits les comman­dants étaient capa­bles et qu’en d’au­tres ils n’étaient pas à la hauteur. Des rempla­ce­ments étaient néces­saires dans certains endroits clés, notam­ment dans la plus grande province où se trou­vaient le plus d’unités slovènes Il n’y a pas eu de temps pour apprendre et s’ad­apter. La journée perdue n’a pas pu être récu­p­érée. L’unité de la JLA qui a franchi trop faci­le­ment la barri­cade non défendue dans la gorge, a ensuite dû être arrêtée à décou­vert, au prix de risques bien plus import­ants. Les chars, qui, malgré les ordres expli­cites de les arrêter dès le début, ont quitté la caserne de Vrhnika sans résis­tance et ont semé la mort à Brnik, où, déployés en posi­tion de combat, nous ne pouvions pas simple­ment les neutra­liser sans armes lourdes.

Malgré toutes les lacunes, les incohé­rences de la poli­tique et les erreurs, la Slovénie a dominé stra­té­gique­ment la RSFY et la JLA. Les raisons les plus import­antes de la victoire de la Slovénie sont les suivantes :

1. Un objectif poli­tique clair, soutenu par l’unité de la nation et le résultat du plébiscite.

2. Nous n’avons pas sous-estimé l’ad­ver­saire, mais lui nous a sous-estimés.

3. Nos unités étaient homo­gènes et moti­vées, et celles de l’en­nemi ne l’étaient géné­ra­le­ment pas. 4.

4. Nous avons effectué en temps utile les prépa­ra­tifs néces­saires et possi­bles pour la défense.

5. Nous avions de bonnes infor­ma­tions sur l’adversaire.

6. Nous avons neutra­lisé la supé­rio­rité de l’en­nemi en armes et en nombre en limitant ses manœuvres.

7. Une approche humaine en évitant les pertes des deux côtés, un trai­te­ment non discri­mi­na­toire des blessés et une acti­vité de propa­gande réussie ont motivé les unités de l’ad­ver­saire à se rendre.

8. De nombreux succès indi­vi­duels des unités mili­taires et de la police slovènes dès le premier jour de la guerre ont renforcé la force de l’armée slovène et ont remonté le moral des mili­taires et de la popu­la­tion civile.…

9. Une bonne orga­ni­sa­tion de la défense civile a remplacé le manque d’armes lourdes par l’obstruction.

10. Malgré la guerre, l’ap­pro­vi­si­onne­ment de la popu­la­tion a fonc­tionné presque sans inter­rup­tion, toutes les bran­ches du gouver­ne­ment, à l’ex­cep­tion du pouvoir judi­ci­aire, ont fonc­tionné effi­cace­ment, et le nouvel État a fonc­tionné de manière satisfaisante.

L’unité de la nation, le courage de sa force armée, la forte volonté poli­tique de la coali­tion gouver­ne­men­tale Demos dirigée par le Dr Jože Pučnik et l’in­itia­tive person­nelle d’une multi­tude de comman­dants indi­vi­duels d’unités tacti­ques de l’armée et de la police ont permis à la Slovénie de remporter la guerre. Une victoire érigée dans sa fina­lité à l’Olympe slovène, une victoire plus importante que toutes les batailles dans lesquelles nos ancê­tres se sont impli­qués dans les tour­bil­lons de l’his­toire ingrate des siècles passés.

Chaque jour, la guerre en Slovénie a décou­vert des milliers de héros dans la nation slovène. Des garçons et des hommes ont surmonté la peur par amour pour leur patrie. Ils ont pris les armes pour défendre leur maison, leur reli­gion et leur consti­tu­tion, la Slovénie. Ils ont fait un travail remar­qu­able. Après la victoire, ils sont retournés dans leurs foyers. L’État les a oubliés, mais la patrie ne les oubliera jamais. Parce que c’étaient des heures saintes, une note élevée de la nation slovène. Nous nous sommes levés et nous avons survécu.


Le ministre de la Défense Janez Janša et le ministre de l’In­té­rieur Igor Bavčar pendant la guerre pour la Slovénie fin juin ou début juillet 1991 avec les forces spéciales de la police ; les deux minis­tres ont dirigé conjoin­te­ment le groupe (organe) de coor­di­na­tion du Secré­ta­riat de la Répu­blique pour la défense du peuple et du Secré­ta­riat de la Répu­blique pour les affaires inté­ri­eures, qui a dirigé opéra­ti­on­nel­lement la défense de la Répu­blique de Slovénie contre l’ag­res­sion de l’Armée fédé­rale yougo­s­lave. Avec l’énergie de la jeunesse, l’au­dace, le courage et la prévoyance stra­té­gique, ils ont surclassé les géné­raux de Belgrade.


Le schisme fatal de la nation, causé par la guerre frat­ri­cide, a été au moins tempor­ai­re­ment surmonté au moment de l’in­dé­pen­dance grâce à la poli­tique unifi­catrice de Demos et à la grande pati­ence et à l’esprit de construc­tion de l’État du peuple, comme le Dr Jože Pučnik ; c’est pour­quoi les Slovènes ont gagné la guerre pour la Slovénie en 1991 (Sur la photo : un membre de la défense terri­to­riale de la Répu­blique de Slovénie à côté d’un char saisi de l’armée fédé­rale yougo­s­lave sur lequel flotte déjà le drapeau national slovène).


Un moment crucial pour les Slovènes

J’ai écrit le présent texte le 15 mai 2013 comme préface à la troi­sième édition complétée du livre à succès „Premiki – Nasta­janje in obramba slovenske države 1988–1991“ („Mouve­ments – Forma­tion et défense de l’État slovène 1988–1991“). Il contient de nombreux faits que je ne connais­sais pas lorsque j’écri­vais les deux premières éditions de „Premiki“, et ils complè­tent de manière signi­fi­ca­tive mes édito­riaux du Livre blanc et de la Guerre pour la Slovénie, que vous avez pu lire dans les pages précé­dentes de cette brochure.

La cellule ou le cachot où j’ai été incar­céré à la prison mili­taire de Metel­kova durant l’été 1988 portait le numéro 21. Dès le moment où j’y ai été placé, j’ai perdu mon nom. Les gardiens et les autres membres du personnel de la prison m’ap­pel­aient par ce numéro. Quand ils parlaient de moi, ils utili­saient le numéro 21. „Amenez le 21“, ordonna le direc­teur de la prison au gardien. „N’em­menez pas vingt et un dans la cour aujour­d’hui“, tel était l’ordre, ce qui signi­fiait que, malgré le règle­ment sur le droit des détenus à une prome­nade d’une demi-heure, je serais à nouveau privé d’air frais pendant une journée. „Debout, vingt et un“, a crié le gardien à 5 heures du matin. Après un mois sans nom, une personne commence à penser comme un numéro. Mais tout cela se passait au ving­tième siècle, et main­tenant nous sommes au vingt-et-unième.

La dernière décennie et demie de la fin du ving­tième siècle a été cruciale pour la nation slovène. Elle a égale­ment été cruciale pour notre envi­ron­ne­ment et, surtout, pour des millions de personnes. Ce fait est beau­coup plus clair aujour­d’hui qu’il ne l’était lorsque le livre „Premiki“ („Mouve­ments“) a été écrit – pour ainsi dire, pendant les événe­ments eux-mêmes. Aujour­d’hui encore, après tout ce temps, les événe­ments de cette époque sont aussi vivants dans ma mémoire que s’ils s’étaient produits hier. Je n’ai même pas besoin de fermer les yeux, et les scènes des événe­ments drama­ti­ques, des réunions et des décisions vien­nent devant mes yeux.

Je peux voir l’image des visages plei­ne­ment concen­trés de mes collè­gues au quar­tier général de la défense slovène, où quel­ques dizaines de personnes condu­i­saient et coor­don­naient en perma­nence les acti­vités mili­taires et de défense en ces chaudes semaines d’été 1991. Je vois Jože Pučnik expli­quant à la direc­tion de Demos, juste avant le dernier test, que nous sommes atta­chés à la décision du plébi­s­cite et que nous devrons tenir bon à tout prix. J’en­tends dans mes oreilles les paroles du ministre croate de la Défense, qui a annoncé d’une voix contrite que leur prési­dent avait ordonné une sorte de neutra­lité, et le souvenir de l’amer constat que nous étions laissés seuls remonte dans ma bouche. Je vois une photo de soldats de la JLA capturés, alignés devant le gouver­ne­ment, et un mélange d’in­cré­du­lité et de soula­ge­ment, puis une explo­sion de joie lorsque je leur annonce qu’ils vont rece­voir des vête­ments civils et qu’ils pour­ront ensuite rentrer chez eux. J’en­tends la voix furi­euse du comman­dant de l’unité slovène de Domžale lors des exer­cices mili­taires sur Medve­dnjak, qui jette devant moi un journal avec la Décla­ra­tion de paix, inci­tant un certain nombre de poli­ti­ciens slovènes de gauche et quatre membres du Comman­de­ment suprême à exiger que la Slovénie soit dépourvue d’armée quel­ques mois avant la guerre. Je peux voir une immense décep­tion dans les yeux des jeunes hommes du peloton de protec­tion lors­qu’ils ont appris que nos négo­cia­teurs à Brioni avaient accepté de rendre toutes les armes confis­quées et de libérer tous les offi­ciers de la JLA capturés. J’en­tends les voix des guer­riers du bataillon de la Litija à Orle, qui m’ont entouré et ont exigé des uniformes slovènes, ou au moins des cocardes slovènes pour les chapeaux. Je vois Igor, qui sort un fusil de sniper après l’ex­plo­sion de l’hé­li­co­p­tère, et Tone, qui, d’une voix résolue et un fusil auto­ma­tique à la main, fait régner l’ordre parmi les membres des diffé­rentes unités qui occupent les posi­tions. Je ressens à nouveau un grand soula­ge­ment lors­qu’ils annon­cent qu’au dernier moment, juste avant la décla­ra­tion d’in­dé­pen­dance, le navire armé tant attendu est arrivé. Je ressens de l’anxiété et une immense inquiétude dans une salle remplie de parents de jeunes hommes – ils sont environ 6 000 à servir encore dans la JLA quel­ques semaines avant la guerre. Je sens encore sur mes épaules la chaleur du soleil couchant de l’été, qui nous a accom­pa­gnés jusqu’à Trg repu­blike, où le drapeau slovène sans étoile rouge a fina­le­ment flotté.

L’in­dé­pen­dance de la Slovénie dans le contexte des chan­ge­ments inter­venus sur la carte euro­péenne et mondiale

La période entre 1988 et 1992 n’a pas été seule­ment cruciale pour la Slovénie. Le vent du chan­ge­ment a chassé le brouil­lard de toute l’Europe centrale et orien­tale. Avec un quart de siècle de recul, il est compré­hen­sible qu’un grand nombre des causes et des consé­quences des événe­ments de cette époque puis­sent être beau­coup mieux comprises qu’elles ne l’étaient alors. Il est beau­coup plus facile d’ex­pli­quer le contexte de poli­tique inté­ri­eure et étran­gère des différents événe­ments. Surtout, chacun peut comprendre aujour­d’hui le cri d’un dissi­dent polo­nais qui, peu après la chute offi­ci­elle du commu­nisme en Pologne, a déclaré qu’en ce qui concerne le commu­nisme, à bien des égards, le pire est ce qui vient après.

Ce prin­temps et cet été 1989, j’ai assisté, depuis les prisons de Dob et d’Ig, aux événe­ments intro­duc­tifs les plus fati­di­ques pour l’Europe, qui annon­çaient la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin. La victoire de Soli­da­rité aux élec­tions libres, par ailleurs limi­tées, en Pologne, un congrès tumul­tueux des députés du peuple à Moscou, les visites et réunions histo­ri­ques de Gorbat­chev à Bonn, au Vatican, à Pékin, à Berlin et à Malte (rencontre avec le prési­dent améri­cain), l’éli­mi­na­tion du rideau de fer à la fron­tière entre la Hongrie et l’Autriche et les mani­fes­ta­tions dans les villes d’Al­lemagne de l’Est ont eu un grand impact sur les événe­ments dans l’an­ci­enne RSFY et, bien sûr, sur les événe­ments en Slovénie, qui était alors, en tant que l’une des répu­bli­ques socia­listes yougo­s­laves, dans une posi­tion simi­laire à celle des répu­bli­ques de l’an­ci­enne URSS. Les événe­ments en Europe ont été en partie éclipsés par le massacre de la Place de la paix céleste et la mort du diri­geant iranien Khomeini, tandis que des événe­ments turbu­lents dans le monde entier ont gonflé le drame de l’époque que nous obser­vions de derrière les barreaux.


Josip Broz Tito, le chef du gouver­ne­ment commu­niste de terreur et l’or­ga­ni­sa­teur direct du massacre de dizaines de milliers de personnes sans procès après la fin de la guerre et de la révo­lu­tion en Yougo­s­lavie (photo : serrant la main de Milan Kučan dans les années 1970), est encore rela­ti­ve­ment respecté et estimé dans toute l’Europe du Sud-Est.

Pour nous, prison­niers poli­ti­ques, l’at­tente que le vent du chan­ge­ment balaie toute l’Europe centrale et orien­tale était encore plus grande. Au prin­temps 1988, lorsque nous avons été arrêtés par la police poli­tique commu­niste, puis condamnés lors d’un procès à huis clos sans droit à un avocat devant le tribunal mili­taire de Ljub­l­jana, des mani­fes­ta­tions de masse ont égale­ment éclaté en Slovénie. Un Comité pour la protec­tion des droits de l’homme a égale­ment été créé, qui a compté 100 000 membres en deux mois.


Au prin­temps 1988, lorsque nous avons été arrêtés par la police poli­tique commu­niste (photo : l’ar­re­sta­tion de Janez Janša le 31 mai 1988), puis condamnés lors d’un procès à huis clos sans droit à un avocat devant le tribunal mili­taire de Ljub­l­jana, il y a eu des mani­fes­ta­tions de masse en Slovénie et la créa­tion du Comité pour la protec­tion des droits de l’homme, qui a compté 100 000 membres en deux mois.

Le gouver­ne­ment commu­niste crai­gnant que des émeutes n’écla­tent, nous avons été condamnés à des peines rela­ti­ve­ment clémentes lors du procès, allant de un à quatre ans de prison. Malgré les prote­sta­tions de l’opi­nion publique, les auto­rités commu­nistes slovènes ont décidé d’exé­cuter les peines, en se fondant sur l’espoir que les chan­ge­ments en Europe centrale et orien­tale n’au­raient pas un effet fatal sur le chan­ge­ment de régime en Yougo­s­lavie et en Union sovié­tique. Elles se sont égale­ment appuyées sur l’éva­lua­tion selon laquelle l’Oc­ci­dent craint la désin­té­gra­tion sauvage de l’Union sovié­tique et les dangers accrus qui en résul­te­raient en raison d’un moins bon contrôle des armes nuclé­aires, et qu’il redoute l’écla­te­ment de conflits ethni­ques en cas de désin­té­gra­tion de la RSFY.

Cet espoir était large­ment erroné. L’URSS et la RSFY ont non seule­ment connu un chan­ge­ment formel de gouver­ne­ment, l’in­tro­duc­tion d’une économie de marché et des élec­tions libres, mais aussi la désin­té­gra­tion des deux empires socia­listes. La désin­té­gra­tion du Grand Empire rouge a été rela­ti­ve­ment contrôlée, tandis que le Petit Empire rouge s’est désin­tégré dans le feu et la tempête de l’épura­tion ethnique et du conflit armé en Bosnie-Herzé­go­vine, en partie en Croatie et plus récem­ment au Kosovo.

Néan­moins, aujour­d’hui, à une distance de près d’un quart de siècle, nous pouvons conclure que l’espoir susmen­ti­onné des diri­ge­ants du régime commu­niste de Belgrade et de Ljub­l­jana n’était pas complè­te­ment sans fonde­ment. Il convient donc d’ex­aminer de plus près ces fonde­m­ents. Un examen plus attentif révèle aujour­d’hui qu’il existe une diffé­rence entre Ljub­l­jana et Moscou, d’une part, et les capi­tales des autres anciens pays commu­nistes d’Europe, d’autre part.

Premiè­re­ment, les espoirs des appa­ratchiks commu­nistes de Ljub­l­jana et de Belgrade étaient fondés sur la croyance en leur carac­tère extra­or­dinaire. La doctrine commu­niste de l’époque à Ljub­l­jana et à Belgrade était dominée par la thèse selon laquelle les révo­lu­tions commu­nistes étaient authen­ti­ques en URSS et en RSFY, et qu’ail­leurs le commu­nisme avait été apporté par les soldats de l’Armée rouge sur leurs baïon­nettes. Malgré Gorbat­chev et la pere­stroïka en Union sovié­tique, les commu­nistes yougo­s­laves se sont ferme­ment accro­chés à cette thèse. Elle a été incluse dans le plan de l’état-major général de la JLA appelé Okop (fossé), sur la base duquel la JLA a mené en 1991 une inter­ven­tion armée en Slovénie et plus tard en Croatie. Cette thèse a égale­ment été publiée très ouver­te­ment par l’un des fonda­teurs de l’ap­pa­reil répressif commu­niste yougo­s­lave après la mort du dicta­teur yougo­s­lave Josip Broz Tito, son ancien bras droit, secré­taire du Polit­buro du KPJ (Parti commu­niste de Yougo­s­lavie) et secré­taire aux affaires inté­ri­eures, Stane Dolanc. En tant qu’ami personnel du principal poli­ti­cien commu­niste slovène Milan Kučan, en 1990, lorsque Kučan a laissé le poste de prési­dent du comité central du ZKS à son succes­seur et s’est présenté aux élec­tions pour la prési­dence de la Slovénie, il a écrit dans sa brochure de propa­gande pré-électorale :

„Nous avons la chance – et Milan Kučan a su l’uti­liser, du moins je l’espère, à temps – qu’il y ait eu une révo­lu­tion auto­ch­tone dans notre pays, qui n’a pas été provo­quée par les baïon­nettes sovié­ti­ques. C’est pour­quoi c’est quelque chose de complè­te­ment diffé­rent dans notre pays qu’en Pologne, en Tché­coslo­va­quie, en Bulgarie, en Roumanie ou en Allemagne de l’Est.“ (Stane Dolanc, secré­taire fédéral de l’In­té­rieur de la RSFY, dans le livre Milan Kučan / Igor Savič ; Ljub­l­jana : Emonica, 1990, collec­tion Portraits d’Emo­nica) Au début de sa carrière poli­tique, Stane Dolanc était égale­ment le fonda­teur et le direc­teur de l’École poli­tique pour jour­na­listes de Ljub­l­jana (aujour­d’hui FDV, Faculté des sciences sociales), qui fonc­tionne toujours et forme des géné­ra­tions de jour­na­listes sans distance critique vis-à-vis du commu­nisme totalitaire.

Les princi­paux commu­nistes slovènes et les géné­raux de la JLA étaient convaincus que le socia­lisme en tant que régime à parti unique, sous une forme quelque peu moder­nisée et sous le nom de „socia­lisme démo­cra­tique“, survivrait en Yougo­s­lavie ou du moins en Slovénie et en Serbie et en Union sovié­tique. Leur convic­tion était fondée sur la connais­sance d’une purge complète de la popu­la­tion après la victoire des révo­lu­tions commu­nistes dans les deux pays. Les purges qui ont physi­que­ment éliminé toute trace de compé­ti­tion poli­tique en Slovénie après 1945 au moyen de massa­cres, de tortures, d’em­pr­i­son­ne­ments et d’ex­pul­sions du pays, ont été au moins aussi pous­sées que lors de la pire terreur stali­ni­enne en URSS.

Les consé­quences à long terme de la guerre frat­ri­cide du milieu du 20e siècle

La frac­ture fatale de la nation causée par la guerre frat­ri­cide a été, au moins tempor­ai­re­ment, surmontée au moment de l’in­dé­pen­dance, grâce à la poli­tique unifi­catrice du Démos et à la grande pati­ence et à l’esprit de construc­tion de l’État du peuple, par des personnes comme le Dr Jože Pučnik. Cepen­dant, les princi­paux commu­nistes – ceux qui ont provoqué cette scis­sion avec l’aide de l’oc­cup­a­tion étran­gère – manquaient de volonté sincère pour une guér­ison durable et réussie de cette bles­sure histo­rique. Le processus de récon­ci­lia­tion initia­le­ment promet­teur s’est trans­formé en son contr­aire et a atteint sa fin infâme fin avril 2013 à Stožice, où l’en­semble des diri­ge­ants de l’État slovène ont chanté l’In­ter­na­tio­nale commu­niste dans la salle, symbole d’un capi­ta­lisme de copi­nage grossier.

Après les chan­ge­ments démo­cra­ti­ques en Slovénie en 1990, plus de 600 fosses communes ont été décou­vertes dans une zone de plus de 20 000 km², habitée par 2 millions de personnes, dont beau­coup sont plus grandes que celles de Srebre­nica. La dernière grande fosse commune a été décou­verte en 2008 dans la mine aban­donnée de Huda jama, à 40 km de Ljub­l­jana. Dans les puits de mine aban­donnés repo­sent des milliers de cadavres à moitié décom­posés et des sque­lettes d’hommes et de femmes non enterrés, la plupart sans bles­sures par balle. En 1945, les commu­nistes ont tout simple­ment jeté leurs victimes vivantes dans des puits de mine aban­donnés, et ils ont muré et bétonné les entrées. Les oppo­sants réels ou poten­tiels au régime commu­niste, qui n’ont pas été tués immé­dia­te­ment après la fin de la guerre et la révo­lu­tion commu­niste ont fui à l’étranger ou ont fini dans les camps de concen­tra­tion et les prisons communistes.

Le nombre de prison­niers poli­ti­ques en Slovénie s’élève à des milliers. Tout au long des années du régime commu­niste, des procès mis en scène ont été orga­nisés, au cours desquels de nombreuses personnes tota­le­ment inno­centes ont été condam­nées à mort ou à de longues peines de prison. Comme les purges et les massa­cres étaient menés par des commu­nistes locaux, géné­ra­le­ment dans leur propre envi­ron­ne­ment, ils étaient plus appro­fondis que ceux menés par les soldats sovié­ti­ques ou le KGB dans les pays du futur Pacte de Varsovie. Dans le même temps, de nombreuses personnes du côté commu­niste avaient les mains ensang­lan­tées. Crai­gnant la révé­la­tion de crimes et de responsa­bi­lités, ils ont impliqué des familles entières dans les purges. Non seule­ment la peur, causée par ces actions, mais aussi la dest­ruc­tion physique de l’op­po­si­tion poli­tique ont permis le long règne du dicta­teur Tito et de ses succes­seurs. Ces succes­seurs ont donc estimé en 1989 que toute base d’une oppo­si­tion forte avait été détruite au fil des décennies.

Ils ont calculé qu’ils pour­raient conserver le pouvoir même en cas d’élec­tions formel­lement libres. Ils ont calculé que des milliers de leurs membres feraient tout, de leurs mains sang­lantes, pour empêcher un chan­ge­ment de gouver­ne­ment, et donc une puri­fi­ca­tion du passé. Ils ont lancé une grande offen­sive de propa­gande, affir­mant que toutes les dizaines de milliers de personnes, y compris les femmes et les enfants qui ont été tués, étaient des colla­bo­ra­teurs du nazisme et du fascisme. Avant même les chan­ge­ments offi­ciels, ils ont commencé à priva­tiser les médias nationaux et locaux. Ils ont conservé une influ­ence presque totale sur eux jusqu’à ce jour. Quiconque soule­vait publi­que­ment la ques­tion des purges et des massa­cres commu­nistes était immé­dia­te­ment taxé de sympa­thi­sant de la colla­bo­ra­tion et du nazisme dans ces médias.

C’est depuis les prisons de Dob et d’Ig que j’ai assisté aux événe­ments les plus décisifs pour l’Europe de ce prin­temps et de cet été 1989, qui annon­çaient la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin. La victoire de Soli­da­rité lors des élec­tions libres, par ailleurs limi­tées, en Pologne, le tumul­tueux congrès des députés du peuple à Moscou, les visites histo­ri­ques de Gorbat­chev et ses rencon­tres avec les repré­sen­tants occidentaux.


La situa­tion décrite explique d’une manière parti­cu­lière la thèse maintes fois répétée dans les années 1990 selon laquelle „le mur de Berlin s’est effondré des deux côtés“. L’au­teur de cette thèse est l’an­cien prési­dent du Comité central de la Ligue des commu­nistes de Slovénie et de la Répu­blique de Slovénie Milan Kučan (photo­gra­phié lors d’une conver­sa­tion avec Sonja Lokar au congrès de la Ligue des commu­nistes de Yougo­s­lavie à Belgrade en janvier 1990).

Toutes ces ques­tions soulè­vent la ques­tion de savoir si, deux décen­nies et demie après le procès contre les quatre JBTZ à Ljub­l­jana, après la chute du mur de Berlin en Europe et après l’in­té­gra­tion de la plupart des anciens pays commu­nistes d’Europe centrale et orien­tale dans l’UE et l’OTAN, il est enfin temps de procéder à une évalua­tion appro­fondie de cette tran­si­tion, à une analyse compa­ra­tive du processus dans les différents pays et de s’in­ter­roger sur les leçons à tirer du passé et à appli­quer aux succès et aux échecs futurs.

Aurions-nous négligé quelque chose lors des grands mouve­ments ? Avons-nous suffi­sam­ment étudié les causes qui ont rendu Srebre­nica possible ? Chez nous, mais aussi dans l’Union euro­péenne au sens large, nous sommes-nous demandés comment il est possible que Miloševič, Mladic et d’au­tres anciens diri­ge­ants commu­nistes yougo­s­laves aient ordonné la dest­ruc­tion physique de milliers de personnes sans hésiter et en suivant exac­te­ment les mêmes schémas que leurs modèles en 1945 ? Comment est-il possible que l’idéo­logie du crime et la culture de la mort aient survécu au point de causer à nouveau la mort de dizaines de milliers de personnes au milieu du conti­nent européen ?

Les réponses sont plus claires pour tous ceux d’entre nous qui vivent en Slovénie. Josip Broz Tito, le titu­laire du gouver­ne­ment commu­niste de terreur et l’or­ga­ni­sa­teur direct des massa­cres de dizaines de milliers de personnes sans procès après la fin de la guerre et de la révo­lu­tion en Yougo­s­lavie, est encore rela­ti­ve­ment respecté et estimé dans toute l’Europe du Sud-Est. Bien que ses crimes soient bien connus, ils sont encore justi­fiés. Il n’est pas possible de condamner un crime et d’idolâ­trer des crimi­nels en même temps, et pour­tant cela se passe sous nos yeux. À Moscou, ils sont confrontés à un problème simi­laire, car il n’est pas possible de condamner les crimes commis par Staline et Lénine, tout en les idolâ­trant tous deux comme de grands diri­ge­ants, et de rester crédible. La déna­zi­fi­ca­tion de l’Al­lemagne a jeté les bases des débuts de l’UE. La décom­mu­ni­sa­tion de l’Est nous attend toujours, et les deux centres de la soi-disant authen­tique révo­lu­tion commu­niste sont parti­cu­liè­re­ment prob­lé­ma­ti­ques. Les géné­ra­tions qui vivent aujour­d’hui en Russie n’ont aucune connais­sance réelle des temps qui ont précédé la révo­lu­tion commu­niste, car lors des purges de Lénine et de Staline, toute l’in­tel­li­gentsia non commu­niste a été physi­que­ment détruite ou expulsée, puis une grande partie des commu­nistes éduqués ont égale­ment été éliminés par les purges. La même chose s’est produite en Slovénie : en raison des purges commu­nistes appro­fon­dies en Slovénie, seule une petite partie de l’an­ci­enne intel­li­gentsia bour­geoise a survécu. Pendant long­temps après la révo­lu­tion, les enfants de familles non commu­nistes, même s’ils ont survécu aux purges, n’ont pas été auto­risés à occuper un poste de direc­tion dans l’éco­nomie natio­na­lisée ou dans les insti­tu­tions, malgré leurs connais­sances et leurs capa­cités appa­rentes. Pour être employés dans un service aussi important, il fallait être membre du parti commu­niste ou d’une union de communistes.

Les consé­quences d’une telle situa­tion en Slovénie sont très évidentes, même aujour­d’hui. J’en menti­onne ci-dessous quel­ques-unes des plus importantes.

Au prin­temps 2009, lorsque le char­nier de Huda jama a été ouvert et que les caméras de la télé­vi­sion natio­nale ont montré toutes les horreurs des consé­quences du crime commu­niste, le prési­dent de l’or­ga­ni­sa­tion des anciens combat­tants commu­nistes, Janez Stanovnik, qui a long­temps été diplo­mate au service de l’ONU à l’époque de la RSFY, a déclaré que les massa­cres après la fin de la guerre avaient été perpé­trés sur les ordres du maré­chal Tito. Suite à cette décla­ra­tion, il a été demandé de retirer tous les monu­ments et noms de l’an­cien dicta­teur yougo­s­lave des villes et places slovènes, mais ils sont encore nombreux. Les partis de l’ac­tu­elle coali­tion gouver­ne­men­tale de gauche se sont ferme­ment opposés à cette demande. L’or­ga­ni­sa­tion de jeunesse du principal parti gouver­ne­mental des sociaux-démo­crates (succes­seur de l’an­cien parti commu­niste) de l’an­cien Premier ministre Borut Pahor a publié un commu­niqué de presse affir­mant que l’époque de la révo­lu­tion commu­niste, au cours de laquelle des crimes de masse ont eu lieu, était une période de progrès pour la Yougoslavie.

Lors­qu’on lui a demandé comment il allait commenter la décou­verte à la télé­vi­sion natio­nale du char­nier de Huda jama contenant des milliers de cadavres non enterrés, le prési­dent de la Répu­blique de l’époque, Danilo Turk, élu avec le soutien des partis post­com­mu­nistes de gauche, a répondu qu’il s’agis­sait d’une ques­tion secon­daire et qu’il ne ferait aucun commentaire.

Les partis de gauche de la capi­tale slovène de Ljub­l­jana, sous la direc­tion du maire Zoran Jankovič (un ami proche de l’an­cien prési­dent commu­niste slovène et futur prési­dent de la Répu­blique de Slovénie Milan Kučan), ont adopté une décision au conseil muni­cipal avec leur majo­rité pour qu’une des entrées de Ljub­l­jana porte le nom de l’an­cien dicta­teur Tito. La rue portant son nom avait existé à Ljub­l­jana jusqu’aux élec­tions libres de 1990, après quoi elle avait été rebap­tisée. Et 20 ans plus tard, les néo-commu­nistes slovènes ont obtenu que le nom du dicta­teur soit à nouveau utilisé, et seule une décision ulté­ri­eure adoptée par la Cour consti­tu­ti­on­nelle a effacé cette tache honteuse de la Slovénie.

Au moment où les post-commu­nistes de Ljub­l­jana déci­daient de donner à une rue le nom de l’an­cien dicta­teur Tito, le Parle­ment euro­péen a adopté une réso­lu­tion sur la consci­ence euro­péenne et le tota­li­ta­risme, condam­nant tous les régimes tota­li­taires, s’in­cli­nant devant leurs victimes et propo­sant que les États membres fassent du 23 août une journée de commé­mo­ra­tion des victimes de tous les régimes tota­li­taires en Europe. En Slovénie, la réso­lu­tion a rencontré une grande résis­tance de la part des forces post-commu­nistes au pouvoir. Le gouver­ne­ment a déclaré qu’il ne marquerait le 23 août par rien. Une petite céré­monie pour cette journée du souvenir a été orga­nisée le 23 août 2009 par le Centre pour la récon­ci­lia­tion natio­nale, créé il y a quel­ques années, mais aucun membre du gouver­ne­ment ou de la coali­tion au pouvoir n’a assisté à l’événement.

Une réso­lu­tion simi­laire à celle du PE a été adoptée cette année par l’As­sem­blée parle­men­taire du Conseil de l’Europe. L’un des initia­teurs de l’ad­op­tion de cette réso­lu­tion était égale­ment un membre de la mino­rité itali­enne au Parle­ment slovène, Roberto Battelli. L’ad­op­tion de la réso­lu­tion, qui a été votée par la grande majo­rité des membres de l’As­sem­blée parle­men­taire du Conseil de l’Europe, a été suivie de prote­sta­tions peu bruyantes de la part de Moscou, qui n’était pas d’ac­cord avec un trai­te­ment égal de tous les tota­li­ta­rismes, en l’oc­cur­rence le nazisme et le commu­nisme. Le membre slovène de l’As­sem­blée parle­men­taire du Conseil de l’Europe, M. Battelli, a été soumis à de fortes pres­sions et à des atta­ques média­ti­ques dans son pays, voire à des demandes de démis­sion. En outre, le minis­tère des affaires étran­gères de la Répu­blique de Slovénie a pris ses distances par rapport à ses actions dans une décla­ra­tion officielle.


Stane Dolanc au début des années 1990 (photo prise en 1986 au congrès du ZKS) : „Nous avons la chance – et Milan Kučan a su l’uti­liser, j’espère, au moins à temps – qu’il y ait eu une révo­lu­tion auto­ch­tone dans notre pays, qui n’a pas été amenée sur les baïon­nettes sovié­ti­ques. C’est pour­quoi c’est quelque chose de complè­te­ment diffé­rent dans notre pays qu’en Pologne, en Tché­coslo­va­quie, en Bulgarie, en Roumanie ou en Allemagne de l’Est.“

Lorsque la coali­tion post­com­mu­niste de gauche a pris le pouvoir fin 2008, le ministre des finances Franci Križanič, du parti SD, a engagé l’an­cien agent de la police secrète commu­niste (SDV) Drago Isajl­ovič comme conseiller au sein de son cabinet. Isajl­ovič a person­nel­lement arrêté David Tasič et moi-même en 1988 et était, par consé­quent, connu comme la person­ni­fi­ca­tion de la répres­sion commu­niste, qui persé­cu­tait les personnes dissi­dentes par tous les moyens. Isajl­ovič n’avait aucune forma­tion ou expé­ri­ence appro­priée dans le domaine des finances, et le ministre qui l’a engagé à l’époque a déclaré qu’ils étaient amis depuis de nombreuses années.

La Slovénie est le seul État membre de l’UE post­com­mu­niste dans lequel, après la chute du mur de Berlin et les chan­ge­ments démo­cra­ti­ques du début des années 1990, aucune lustra­tion, même la plus légère, n’a été effec­tuée, et les archives de l’an­ci­enne police poli­tique ne sont pas acces­si­bles au public. Les partis post-commu­nistes ont constam­ment empêché toutes ces tenta­tives ; en 1997, l’As­sem­blée natio­nale de la Répu­blique de Slovénie a même voté à l’un­ani­mité contre l’ap­pro­ba­tion de la réso­lu­tion n° 1096 du Conseil de l’Europe sur la désin­té­gra­tion des anciens régimes commu­nistes tota­li­taires. Par consé­quent, en Slovénie aujour­d’hui, d’an­ciens employés et colla­bo­ra­teurs de la police secrète commu­niste, qui ont violé de manière dras­tique les droits de l’homme sous le régime précé­dent, occupent toujours des postes élevés dans le système judi­ci­aire, le bureau du procureur, la diplo­matie, l’éco­nomie, l’ad­mi­nis­tra­tion, les rédac­tions des médias et même les services secrets. Le dernier prési­dent du parti commu­niste de l’époque précé­dant les élec­tions libres est même devenu juge consti­tu­ti­onnel, et son succes­seur a long­temps été prési­dent du comité des programmes de la télé­vi­sion natio­nale, et il est aujour­d’hui prési­dent du Comité olym­pique de Slovénie.


Je vois Jože Pučnik expli­quant à la direc­tion de Demos, juste avant le dernier test, que nous sommes atta­chés à la décision du plébi­s­cite et que nous devrons persé­vérer à tout prix“ (sur la photo : la direc­tion de Demos se réjouit du succès du plébi­s­cite sur l’in­dé­pen­dance de la Répu­blique de Slovénie à l’ég­lise Saint-Jacques au-dessus de Medvode, le 26 décembre 1990).

Ce n’est qu’en temps de crise que l’Europe s’est réel­lement intéressée à ce qui se passait en Slovénie

La situa­tion décrite explique d’une manière parti­cu­lière la thèse maintes fois répétée dans les années 1990 selon laquelle „le mur de Berlin s’est effondré des deux côtés“. L’au­teur de cette thèse, l’an­cien prési­dent du ZKS (la Ligue des commu­nistes de Slovénie) et ancien Premier ministre slovène Milan Kučan, l’a utilisée pour justi­fier sa défense du régime tota­li­taire et son oppo­si­tion à tout chan­ge­ment suscep­tible de déman­teler défi­ni­ti­ve­ment l’hé­ri­tage du commu­nisme en Slovénie, sur lequel repose le pouvoir des post-commu­nistes. Il s’agit des trois piliers, à savoir l’idéo­logie, la propa­gande et le pouvoir finan­cier. Para­doxa­le­ment, aujour­d’hui, les succes­seurs et les défens­eurs du régime commu­niste sont géné­ra­le­ment les couches les plus riches de Slovénie. Après l’ex­pi­ra­tion de son troi­sième mandat de prési­dent de la Répu­blique de Slovénie, Milan Kučan a fondé le Forum 21 qui, à quel­ques excep­tions près, rassemble des indi­vidus devenus extrê­me­ment riches au cours de la dernière décennie et qui sont aujour­d’hui proprié­taires de certaines des plus grandes entre­prises slovènes. Lorsque certains ont souligné le déca­lage entre l’ori­en­ta­tion poli­tique de gauche du Forum 21 et l’ex­trême rich­esse de ses membres et ont demandé au prési­dent Kučan où se trou­vaient les travail­leurs et les prolé­taires restants, il a répondu avec cynisme : „Les prolé­taires sont là où ils ont toujours été. Sur leurs lieux de travail.“

Grâce aux acti­vités des gouver­ne­ments de gauche et des mono­poles rouges, la Slovénie a habi­le­ment fait passer cette situa­tion en contre­bande dans l’OTAN et l’UE. Les obser­va­teurs exté­ri­eurs ne pouvaient observer quelque chose de simi­laire qu’en Roumanie. Aujour­d’hui, alors que la Slovénie est criti­quée quoti­di­en­ne­ment par les insti­tu­tions euro­péennes en raison de la possi­bi­lité de fail­lite et de la mise en danger de la stabi­lité de la monnaie commune euro­péenne, de plus en plus d’ac­teurs euro­péens se deman­dent ce qui est arrivé à notre pays. Qu’est-ce qui ne va pas fonda­men­ta­le­ment chez nous pour que nous nous perdions ainsi ?

L’Europe ne peut durer qu’en tant qu’Europe des valeurs. Les insti­tu­tions sont import­antes, tout comme le progrès général. Toute­fois, si l’on ne renforce pas le socle de valeurs, le fonde­ment euro­péen sera bien plus en danger qu’en l’ab­sence d’un nouveau traité insti­tu­ti­onnel. Ce fait ne doit jamais être négligé, et surtout avant l’ad­hé­sion des pays des Balkans occi­den­taux à l’UE, celle-ci doit pouvoir exiger des nouveaux membres qu’ils fassent systé­ma­ti­que­ment table rase du passé – à la fois avec des natio­na­lismes extrêmes et avec une atti­tude ambi­va­lente à l’égard du crime, c’est-à-dire en approu­vant l’uti­li­sa­tion des méthodes commu­nistes de dest­ruc­tion physique de l’en­nemi. Les pays des Balkans occi­den­taux qui atten­dent de rejoindre l’UE devraient, en plus de la récon­ci­lia­tion de Dayton, s’oc­cuper du passé qui a conduit au conflit et de l’idéo­logie qui justifie cet objectif.

Ne voir que des natio­na­listes extrêmes en Miloševič et Mladič n’est pas suffi­sant. Il manque quelque chose, qui pour­rait expli­quer plei­ne­ment les crimes incroya­ble­ment brutaux en BiH, en Répu­blique de Croatie et au Kosovo. Il s’agit d’un mélange évident de natio­na­lisme et d’idéo­logie commu­niste, qui est le produit final des acadé­mies commu­nistes et mili­taires yougo­s­laves qui enseignaient que l’ob­jectif fonda­mental de la lutte des classes était la dest­ruc­tion physique de l’en­nemi. Cette combi­naison a produit le national-socia­lisme à la fin du XXe siècle dans des circon­stances autre­ment diffé­rentes, mais avec les mêmes consé­quences crimi­nelles que dans la première moitié du siècle dernier, à une époque où nous pensions qu’une telle chose n’était plus possible. C’est peut-être pour cette raison que la base idéo­lo­gique de la misère dans les Balkans est restée en quelque sorte à l’ar­rière-plan de la recherche. Et aussi parce que les puis­sants vestiges du commu­nisme dans la région de l’Europe du Sud-Est ont veillé à ce que l’Oc­ci­dent ne commence pas à recher­cher les causes profondes de Srebre­nica et de la tragédie des Balkans en général.

Dans le même temps, ce qui se passait dans les Balkans occi­den­taux semb­lait moins important, un drame sur la scène secon­daire qui n’au­rait pas d’im­pact décisif sur la saison théâ­trale. En effet, la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide ont égale­ment marqué le début de la mondia­li­sa­tion, l’essor des nouvelles tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et de la commu­ni­ca­tion et l’ex­tré­misme reli­gieux. Ce dernier est même un cran au-dessus des idéo­lo­gies dest­ructrices du 20e siècle. Tant dans le fascisme que dans le national-socia­lisme et le commu­nisme, le but justifie les moyens, et le crime est le moyen légitime pour l’att­eindre. Outre l’ex­tré­misme reli­gieux, il existe égale­ment une volonté fana­tique de sacri­fier direc­te­ment sa vie pour atteindre un objectif. C’est peut-être ce qui le fait paraître plus dange­reux à première vue, alors qu’en fait il ne l’est pas. En effet, il ne semble pas probable qu’il soit possible de causer autant de victimes et une telle dest­ruc­tion de civi­li­sa­tion de cette manière que, par exemple, le commu­nisme a causé en URSS ou en RSFY ou le national-socia­lisme dans une partie de l’Europe. L’idéo­logie commu­niste utilisée pendant et après la révo­lu­tion commu­niste en Yougo­s­lavie ou à Srebre­nica, il y a dix ans, a mobi­lisé les auteurs de ces crimes sur la base de leur convic­tion que le mal fait aux autres leur profi­terait, à eux et à leur race, direc­te­ment et immé­dia­te­ment, et pas seule­ment plus tard, dans un autre monde.

L’his­toire a montré qu’il est beau­coup plus facile de gagner des foules pour des avan­tages directs que pour un sacri­fice personnel direct. C’est là, cepen­dant, l’es­sence profonde du danger de la renais­sance des idéo­lo­gies tota­li­taires, parmi lesquelles le commu­nisme dans les Balkans a toujours à sa dispo­si­tion un simple métis­sage avec un natio­na­lisme extrême. Cela a abouti à la puri­fi­ca­tion ethnique et à Srebre­nica. Cela se traduit par le contenu du discours du secré­taire général de la ZZB (Fédé­ra­tion des asso­cia­tions de combat­tants) de Slovénie à Tisje, où il menace à nouveau de massacres.

Le livre „Move­ments“ a, dans une certaine mesure, empêché la falsi­fi­ca­tion de l’his­toire récente

Le livre inti­tulé „Premiki“ („Mouve­ments“), publié au prin­temps 1992, ainsi que des ouvrages simi­laires d’au­tres acteurs de l’in­dé­pen­dance slovène, a, au moins dans une certaine mesure, empêché la falsi­fi­ca­tion de l’his­toire récente et la réali­sa­tion finale de la thèse de Kučan sur „plusieurs vérités“. Cette affir­ma­tion, à première vue assez caté­go­rique, peut être étayée rela­ti­ve­ment facilement.


Depuis le plébi­s­cite de décembre 1990, l’in­dé­pen­dance est constam­ment présentée par le parti des forces post-commu­nistes comme une raison géné­rale de tous les problèmes possi­bles (photo : mise en place du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du nouvel État euro­péen indé­pen­dant de la Répu­blique de Slovénie à la fin du mois de juin 1991).

La première édition de „Premiki“ a été publiée en juin 1992 dans un tirage record de 30 000 exem­p­laires, dont 17 000 avaient déjà été vendus en précom­mande. Les réim­pres­sions se sont ensuite vendues à près de 40 000 exem­p­laires supplé­men­taires en slovène, anglais, alle­mand et croate. Après quel­ques années, le livre était complè­te­ment épuisé. Le livre a provoqué une véri­table tempête média­tique et poli­tique. Certains l’ont attaqué avant même sa publi­ca­tion, le manu­scrit ayant été volé à l’im­pri­merie et envoyé à des criti­ques de service.

D’un côté, le livre a rencontré un intérêt inat­tendu de la part des lecteurs et une appro­ba­tion massive. J’ai reçu des centaines de lettres d’éloges et de remer­cie­ments. Dans les médias publics, cepen­dant, la réponse a été mitigée. Les médias qui étaient encore ou à nouveau complè­te­ment contrôlés par la gauche de tran­si­tion, ont publié les réponses des poli­ti­ciens qui s’op­po­saient à l’in­dé­pen­dance, il était donc logique qu’ils s’op­po­sent égale­ment à sa descrip­tion. Ils ont même recherché des géné­raux vaincus et des offi­ciers de la JLA pour leur demander leur avis sur le livre. Le Dnevnik de Ljub­l­jana, le journal qui a attaqué le gouver­ne­ment slovène pendant l’ag­res­sion de la JLA, était en tête de ce groupe. D’au­tres jour­naux ou médias plus épris de vérité (ils étaient, avouons-le, plus nombreux qu’au­jour­d’hui) ont publié des réponses différentes.


Le livre „Premiki“ („Mouve­ments“), publié au prin­temps 1992 (la troi­sième édition, complétée, sur la photo), ainsi que des ouvrages simi­laires d’au­tres acteurs de l’in­dé­pen­dance slovène, ont empêché, du moins dans une certaine mesure, la falsi­fi­ca­tion de l’his­toire récente et la réali­sa­tion finale de la thèse de Kucan sur „plusieurs vérités“.

Les docu­ments du livre parlaient d’eux-mêmes et n’étaient pas si faciles à rejeter. Ils utili­saient l’as­tuce de la prétendue obscénité, déclarant que de tels docu­ments ne devaient pas être publiés, que ce n’était pas bien, etc. Ils ont égale­ment inventé la soi-disant affaire des écoutes, allé­guant que le Service d’in­for­ma­tion de sécu­rité (VIS) de l’époque avait mis sur écoute des membres de la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie et avait ainsi enre­gistré une conver­sa­tion perfide au cours de laquelle Ciril Zlobec avait révélé un secret d’État sur la date exacte et les mesures concrètes de l’in­dé­pen­dance. Bien sûr, ce n’était pas vrai, car toute la Slovénie savait que le VIS mettait sur écoute la JLA et les services étran­gers, et si Zlobec ne les avait pas appelés lui-même, ils n’au­raient pas pu l’attraper.

Comme au temps des anciens partis, les „Mouve­ments“ ont été discutés à la prési­dence de la Répu­blique de Slovénie, dans les organes du succes­seur du KPS, le parti socia­liste, et du LS, le prédé­ces­seur de la LDS. Ils ont publié des commu­ni­qués et des commu­ni­qués de presse et ont condamné le livre. La carac­té­ris­tique commune de ces messages, cepen­dant, était que pas une seule phrase du livre n’était écrite dans aucun d’entre eux. Il n’y avait que de simples accu­sa­tions et l’at­ti­tude de Cali­mero exprimée par ceux qui étaient ouver­te­ment contre les mesures visant à assurer l’in­dé­pen­dance de la Slovénie avec une force réelle et donc contre l’in­dé­pen­dance elle-même, ou ceux qui ne savaient pas exac­te­ment quoi soutenir.

L’igno­rance de certains des acteurs menti­onnés dans la première édition de „Mouve­ments“ a conduit à la publi­ca­tion de quel­ques docu­ments supplé­men­taires avec des preuves directes de leur compor­te­ment et d’une préface avec des expli­ca­tions dans la deuxième édition, qui a rapi­de­ment suivi la première puisque 30 000 exem­p­laires de la première édition ont été rapi­de­ment épuisés.

Les réac­tions poli­ti­ques tumul­tu­euses au livre „Mouve­ments“ ont révélé une autre vérité, jusqu’a­lors stric­te­ment cachée et dissi­mulée. L’in­dé­pen­dance de la Slovénie et surtout son abou­tis­se­ment, la guerre pour la Slovénie, ont uni les Slovènes mais ont en même temps creusé une grande brèche dans le corps appa­rem­ment très homo­gène de la gauche post-commu­niste slovène. En prenant les décisions et les mesures néces­saires à l’in­dé­pen­dance, les diri­ge­ants de leurs partis, en parti­cu­lier, ont hésité et calculé, cachant cela non seule­ment à leur public, mais aussi à leurs membres. Une grande partie de leurs membres soute­naient l’in­dé­pen­dance, et beau­coup ont assumé des rôles plus import­ants dans les struc­tures de défense en raison de la poli­tique inclu­sive de Demos. Les membres ne connais­saient pas le contenu des discus­sions secrètes avec Markovic sur le renver­se­ment du gouver­ne­ment Démos, que son porte-parole a écrit dans ses mémoires, et ils n’étaient pas au courant des machi­na­tions contre la recon­nais­sance inter­na­tio­nale de la Slovénie, sur lesquelles le secré­taire inter­na­tional des socia­listes italiens de l’époque, Piero Fassino, a écrit sans réserves. La trahison de Ciril Zlobec, indi­rec­te­ment menti­onnée dans „Premiki“, a égale­ment choqué nombre de leurs partisans.

Les diri­ge­ants de la SDN et, plus tard, de la Liste unie et de la prési­dence de la Répu­blique ont dirigé la colère et le soufre média­tique vers „Mouve­ments“ et son auteur, princi­pa­le­ment dans le but de convaincre leurs membres et leurs partisans que les princi­paux poli­ti­ciens de gauche ne faisaient pas obstacle à l’in­dé­pen­dance. Le livre „Mouve­ments“ a été publié le jour du premier anni­ver­saire de la procla­ma­tion de l’État slovène, immé­dia­te­ment après l’ad­hé­sion de la Slovénie à l’ONU, à une époque où il était clair, même pour les plus grands nost­al­gi­ques de la Yougo­s­lavie, que celle-ci avait disparu et que la Slovénie était malgré tout une réalité. Et, comme toujours dans de tels cas, après la bataille, tout le monde était général et tous se sont mis à prétendre qu’ils avaient cru à cet objectif dès le début.

Mes collè­gues et moi avons soigneu­se­ment recueilli les réponses au livre, mais elles n’ont pas toutes pu être lues. Ce n’est qu’a­près deux décen­nies que j’ai examiné de manière appro­fondie le contenu de cinq épais regis­tres contenant des originaux ou des copies d’ar­ti­cles et de dossiers sur les „Mouve­ments“. Malgré un examen minu­tieux de centaines de dossiers, je n’ai trouvé nulle part de contro­verses séri­euses avec des contre-argu­ments, pas une seule thèse ou docu­ment du livre n’y était réfuté.

Mais plus les „Mouve­ments“ étaient atta­qués, plus le livre était lu. En raison de sa valeur docu­men­taire, il est rapi­de­ment devenu une source pour les histo­riens et les publi­cistes nationaux et étran­gers qui ont écrit sur la désin­té­gra­tion de la Yougo­s­lavie et l’in­dé­pen­dance de la Slovénie. Lorsque le livre a été réim­primé en langues étran­gères, je l’ai égale­ment présenté dans un certain nombre de capi­tales euro­péennes, et des criti­ques ont été publiées dans de nombreux jour­naux euro­péens. Un livre de deux histo­riens serbes inti­tulé : „La guerre en Slovénie (docu­ments de la prési­dence de la RSFY)“ a récem­ment été publié à Belgrade, et même dans ce livre, les „Mouve­ments“ sont menti­onnés comme l’une des princi­pales sources.

L’in­dé­pen­dance et la guerre pour la Slovénie nous ont placé sur la carte du monde

„Move­ments“ traite de la prépa­ra­tion et de la mise en œuvre de la défense de la Slovénie de manière assez appro­fondie, bien que le sujet du livre soit beau­coup plus vaste. Le livre publie égale­ment l’in­té­gra­lité du plan de base pour assurer l’in­dé­pen­dance de la Slovénie, qui est mon œuvre et qui a été approuvé par les auto­rités compé­tentes en mai 1991 en tant que direc­tives offi­ci­elles pour la prépa­ra­tion et la mise en œuvre de la défense, et les forces mili­taires et la police slovènes l’ont opéra­ti­onnalisé avec une série de docu­ments de mise en œuvre. Après la guerre, j’ai donné des confé­rences sur ce plan et sur la prépa­ra­tion de la défense de la Slovénie dans des acadé­mies mili­taires, des insti­tuts inter­na­tionaux et des univer­sités à Vienne, Washington, Londres, Paris, Rome, Berlin, Prague, Zagreb et peut-être ailleurs, mais après mon retrait du minis­tère de la Défense en mars 1994, curi­eu­se­ment, jamais dans les écoles ou cours mili­taires slovènes. Il n’y a eu d’in­vi­ta­tions de ce côté-là. Le mono­pole rouge était trop fort.

L’ex­ploit remar­qu­able de la Slovénie, sa défense tota­le­ment non clas­sique et ses forces armées impro­vi­sées – d’abord sous la forme de la MSNZ (Struc­ture de manœuvre de la protec­tion natio­nale), puis sous la forme de l’armée et de la police – a attiré l’at­ten­tion de nombreux experts et insti­tuts mili­taires et de défense qui l’ont étudié. „Comment avez-vous fait ?“ était la ques­tion la plus fréquente. „Comment était-il possible que plus de 20 000 membres de l’armée et de la police dispo­sant d’armes légères aient arrêté une armée dix fois plus nombreuse et dispo­sant de plus de 500 chars et autres véhi­cules blindés rien qu’en Slovénie, ou dans ses envi­rons immé­diats, de plusieurs centaines d’avions de chasse et d’hé­li­co­p­tères, et de tout le reste de l’équi­pe­ment de l’armée clas­sique, lour­de­ment armée ?“ La plupart des réponses à ces ques­tions et à d’au­tres ques­tions connexes se trou­vent dans le livre „Mouve­ments“.

Lorsque la commis­sion des affaires étran­gères du Sénat améri­cain s’est prononcée en 2003 sur le consen­te­ment du plus grand et principal membre de l’Al­li­ance de l’At­lan­tique Nord à l’en­trée de la Slovénie dans cette alli­ance de sécu­rité, le prési­dent de la commis­sion de l’OTAN a souligné que le plus grand avan­tage d’un nouveau membre poten­tiel était qu’il s’agis­sait d’un pays qui s’était démo­cra­tisé, était devenu indé­pen­dant et s’était défendu contre une force beau­coup plus importante, et que cette expé­ri­ence était une contri­bu­tion précieuse à la sécu­rité commune. Comme il a égale­ment menti­onné mon nom, les médias slovènes n’en ont prati­que­ment pas parlé.


Ne voir que des natio­na­listes extrêmes en Miloševič et Mladic (sur la photo avec Radovan Kara­džic) ne suffit pas. Il manque quelque chose qui pour­rait expli­quer plei­ne­ment les crimes incroya­ble­ment brutaux commis en Bosnie-Herzé­go­vine, en Répu­blique de Croatie et au Kosovo. Il s’agit d’un mélange de natio­na­lisme et d’idéo­logie commu­niste qui était évident.

Dépré­cia­tion persi­stante de l’im­por­t­ance de l’indépendance

Une telle approche a toujours été une règle plutôt qu’une excep­tion. Même avant l’ère de l’in­dé­pen­dance, le mono­pole de la propa­gande rouge a tenté d’oc­culter l’es­sence des événe­ments et le double jeu de certains acteurs.

De nombreux événe­ments et décla­ra­tions ont été passés sous silence ou déformés. D’au­tres ont été parti­cu­liè­re­ment mis en avant. La défor­ma­tion de la vérité faisait partie du quoti­dien de l’après-indé­pen­dance. La ligne directrice de base était la suiv­ante : Tout ce qui a façonné le système de valeurs majo­ri­taire du peuple en Slovénie au moment de l’in­dé­pen­dance et de la démo­cra­ti­sa­tion, au moment du Prin­temps slovène, devait être rela­ti­visé et fina­le­ment nommé avec son contraire.

Depuis le plébi­s­cite de décembre 1990, l’in­dé­pen­dance a été constam­ment présentée comme la raison géné­rale de tous les problèmes possi­bles. Chaque année, les slogans étaient plus directs et plus éloquents, jusqu’à ce qu’en 2012, nous voyons des bannières lors des soi-disant soulè­ve­ments popu­laires avec les mots : „Cela fait 20 ans qu’ils nous volent“ ou „En 20 ans, les entre­prises et l’État nous ont été volés“ ou „20 ans d’une élite poli­tique corrompue, c’était suffisant“.

C’était comme si nous avions vécu au paradis avant l’in­dé­pen­dance et comme s’il n’exis­tait pas en Slovénie de régime tota­li­taire dans lequel l’État était volé à cent pour cent au peuple, certai­ne­ment beau­coup plus qu’au­jour­d’hui, indé­pen­dam­ment de tous les problèmes actuels.


Après les chan­ge­ments démo­cra­ti­ques inter­venus en Slovénie en 1990, plus de 600 fosses communes ont été décou­vertes dans une zone de plus de 20 000 km² habitée par 2 millions de personnes, dont beau­coup sont plus grandes que celle de Srebre­nica (photo : sque­lettes des personnes tuées à Huda jama).

Depuis la fameuse lettre de Kučan du prin­temps 1991, ils ont essayé de présenter la résis­tance contre le désar­me­ment des troupes slovè­nesde et la défense de l’État slovène comme un commerce d’armes, et l’éta­b­lis­se­ment des attri­buts de l’État slovène comme l’af­faire des Effacés. La mani­pu­la­tion a été si intense pendant deux décen­nies que les jeunes géné­ra­tions qui ont grandi à cette époque ont pu s’in­former sur le problème des „Effacés“ dans tous les médias publics possi­bles au moins dix fois plus que sur toutes les mesures qui ont permis la créa­tion de l’État slovène. Dix ans après sa créa­tion, les premiers drapeaux rouges étoilés sont apparus lors de la célé­bra­tion de la fête natio­nale. D’abord timide­ment, avec la consci­ence qu’ils repré­sen­tent un symbole de l’armée agres­sive, qui a été vaincue dans la guerre pour la Slovénie. Puis, de plus en plus agres­si­ve­ment, comme si la JLA avait gagné la guerre. Parmi les points princi­paux des orateurs, il y avait la phrase obli­ga­toire, disant que sans la soi-disant guerre de libé­ra­tion natio­nale, il n’y aurait pas de Slovénie indé­pen­dante. Comme si la Slovénie avait été créée en 1945 et non en 1991. L’in­dé­pen­dance a été effacée ou réduite lorsque la première n’a pas fonc­tionné. Les programmes des célé­bra­tions d’État à l’oc­ca­sion des deux plus grandes fêtes slovènes, le Jour de l’État et le Jour de l’in­dé­pen­dance et de l’unité, étaient au mieux complè­te­ment vides pendant les gouver­ne­ments de la gauche de tran­si­tion et sans rapport avec l’ob­jectif de la fête, et au pire, ils étaient même pleins de moque­ries ouvertes à l’égard de la Slovénie et des valeurs qui nous ont unis dans une entre­prise d’in­dé­pen­dance commune et réussie.

D’un autre côté, il ne s’est prati­que­ment pas passé une semaine sans que des célé­bra­tions pompeuses et coûteuses ne soient orga­ni­sées par le ZZB, avec des discours de haine et des menaces à l’en­contre des dissi­dents, des symboles tota­li­taires, des crimes sous forme de contre­façon de symboles offi­ciels de l’État et de port et d’ex­po­si­tion illé­gaux d’armes mili­taires. Les parti­ci­pants à ces événe­ments de masse sont pour la plupart des membres rému­n­érés du ZZB, car environ 20 000 d’entre eux reçoivent encore chaque mois des allo­ca­tions privi­lé­giées pour anciens combat­tants, même si beau­coup sont nés seule­ment après 1945. Les privilèges sont transmis aux descen­dants comme dans une princi­pauté féodale. Ces bacchanales dans le style des rassem­ble­ments de la campagne la plus intense de Miloševic il y a un quart de siècle ont été couron­nées par le rassem­ble­ment du ZZB le 24 décembre 2012 à Tisje, où le secré­taire général de l’or­ga­ni­sa­tion d’an­ciens combat­tants Mitja Klavora, né une décennie après la guerre, a de nouveau menacé de massacres.

Pendant plusieurs années après l’in­dé­pen­dance, il a fallu rendre les déco­ra­tions et expli­quer que le prési­dent du pays n’est pas auto­risé par la loi à décerner le signe de la liberté à des personnes qui n’ont rien à voir avec l’in­dé­pen­dance, voire qui s’y sont acti­ve­ment oppo­sées. Après dix ans, ils ont commencé à s’em­ployer déli­bé­ré­ment à créer la confu­sion avec les symboles. Lors du quin­zième anni­ver­saire de l’in­dé­pen­dance, une contro­verse s’est déclen­chée sur la forma­tion de l’armée slovène et son âge, et lors du ving­tième anni­ver­saire, le prési­dent de la Répu­blique de l’époque a même tonné contre les soi-disant combat­tants de l’in­dé­pen­dance, en disant qu’il fallait en finir une fois pour toutes avec cette „lutte pour les mérites“ et le fouillis tran­si­toire. Eh bien, les élec­teurs l’ont réglé à l’aut­omne 2012, Dieu merci. Le point culmi­nant du déshon­neur de l’in­dé­pen­dance, et surtout de l’armée slovène, a été fixé juste avant le vingt-deuxième anni­ver­saire, avec la nomi­na­tion du dernier ministre de la défense. Des hommes de l’ar­rière-plan ont nommé à ce poste un homme qui, en 1991, s’est opposé non seule­ment indi­rec­te­ment, mais acti­ve­ment, par son action poli­tique et ses votes, à toutes les mesures visant à défendre la Slovénie contre l’ag­res­sion de la JLA.

„Je ne suis pas membre de la SDN, mais j’ai les mêmes pensées et les mêmes opinions que Roman Jakič“, a déclaré le colonel de la JLA Milan Aksen­ti­jevic à l’as­sem­blée, après qu’ils aient conjoin­te­ment entravé les prépa­ra­tifs de défense au moment le plus critique.

La résis­tance à la falsi­fi­ca­tion a été forte tout au long de l’his­toire, et les „Mouve­ments“ et autres livres des parti­ci­pants directs en ont été le fort soutien, mais les acteurs de la falsi­fi­ca­tion sont devenus plus agres­sifs avec chaque année qui passait, alors que la mémoire de la géné­ra­tion qui avait direc­te­ment vécu l’in­dé­pen­dance, s’ef­fa­çait. Toute personne qui signa­lait les mani­pu­la­tions était discré­ditée et ridi­cu­lisée par les médias. Le réseau de l’an­cien SDV (Service de sécu­rité de l’État), qui compte plus de 10 000 employés, imbriqué dans l’ap­pa­reil judi­ci­aire et poli­cier, dans les insti­tu­tions paraé­ta­ti­ques telles que la commis­sion anti­cor­rup­tion ou le commis­saire à l’in­for­ma­tion, et dans les agences de détec­tives privés, est resté agres­si­ve­ment actif. Le mono­pole média­tique de la gauche de tran­si­tion, qui diminue chaque année l’im­por­t­ance de l’in­dé­pen­dance et glorifie les acquis révo­lu­ti­onn­aires de la soi-disant guerre de libé­ra­tion natio­nale, n’a fait que se renforcer depuis 1992 après une brève accalmie.

Sans la préser­va­tion de docu­ments et d’ar­chives datant d’une bonne ving­taine d’an­nées, sans quel­ques histo­riens compé­t­ents et sans les efforts des parti­ci­pants directs qui ont écrit leurs mémoires, la résis­tance à la contre­façon serait prati­que­ment impos­sible aujour­d’hui. Plus ou moins les mêmes acteurs, qui voulaient empêcher la révé­la­tion de la falsi­fi­ca­tion dras­tique de l’his­toire à partir de 1941 et tonnaient quoti­di­en­ne­ment dans le public de ne pas se laisser falsi­fier (lire : ils ne permet­t­ront pas la vérité), ont en revanche trans­féré leurs méthodes de falsi­fi­ca­tion du régime tota­li­taire à la période post-indé­pen­dance. En défen­dant la falsi­fi­ca­tion des années 1941–1990, ils ont utilisé la même méthode pour la période après 1990 : un lavage de cerveau quoti­dien par le biais des médias de masse et la base de ce lavage se trou­vait dans les commen­taires, les sympo­siums, les manuels et programmes scola­ires, et les émis­sions docu­men­taires ou quasi-docu­men­taires. Le point culmi­nant d’un tel travail est certai­ne­ment le portrait de Milan Kučan par le propa­gan­diste Mojca Pašek Šetinc, et non loin de là, le docu­men­taire sur JBTZ, dans lequel Ljerka Bizilj lave les réali­sa­teurs de nos arre­sta­tions en 1988. Tout cela est, bien sûr, payé avec l’ar­gent des contribuables.

Il sera intéres­sant d’ob­server les réac­tions de ces auteurs et d’au­tres dans les années à venir, lorsque l’ac­ti­vité histo­rique et jour­na­lis­tique révé­lera néan­moins de nombreux faits qu’ils ont essayé de cacher ou du moins d’ob­scurcir avec la dest­ruc­tion des archives en 1989 et 1990 et les méthodes de propa­gande réper­to­riées. Le dernier livre d’Igor Omerza sur JBTZ, par exemple, prouve sans équi­voque que Milan Kučan et Janez Stanovnik ont menti sous serment lors­qu’ils ont affirmé devant la commis­sion d’en­quête qu’ils n’étaient pas au courant de l’ar­re­sta­tion de Tasič et de moi-même en mai et juin 1988.

„Mouve­ments“ était le premier livre de ce type sur l’in­dé­pen­dance slovène ; et ajouts

„Move­ments“ a été le premier livre de ce type sur l’in­dé­pen­dance slovène. D’au­tres ont rapi­de­ment suivi, décri­vant divers aspects plus larges ou plus étroits de ce processus histo­rique. L’aspect de la poli­tique étran­gère et la lutte pour la recon­nais­sance inter­na­tio­nale ont été décrits par le Dr Dimi­trij Rupel, le travail des agents de rens­eig­ne­ment par Andrej Lovšin, et les rela­tions dans la RSFY par le Dr Janez Drno­všek. Après plus d’une décennie, les mémoires des acteurs du camp opposé, ainsi que des lectures intéres­santes et de nombreux docu­ments à comparer, ont commencé à paraître.


Lors­qu’on lui a demandé comment il comm­en­te­rait la décou­verte de la fosse commune de Huda jama avec des milliers de cadavres non enterrés à la télé­vi­sion natio­nale, le prési­dent de la Répu­blique de l’époque, Danilo Türk, élu avec le soutien des partis post­com­mu­nistes de gauche, a répondu qu’il s’agis­sait d’une ques­tion secon­daire et qu’il ne ferait aucun commentaire.

L’an­cien membre serbe de la prési­dence de la RSFY Borisav Jovič, par exemple, décrit dans ses mémoires comment il convain­quait Kadi­jevič de la néces­sité de mon arre­sta­tion ou de mon „dépla­ce­ment“ au prin­temps 1991, et ses descrip­tions du jeu de Kučan sur plusieurs cartes sont égale­ment intéressantes.

Plus intéres­sant encore est le livre de 1988 du prési­dent de la prési­dence de la RSFY, Raif Dizdarevič, „De la mort de Tito à la mort de la Yougo­s­lavie“, dans lequel il révèle, entre autres, le double jeu de Milan Kučan, Janez Stanovnik et d’au­tres poli­ti­ciens commu­nistes slovènes de l’époque concer­nant le processus JBTZ.

Les livres des géné­raux vaincus de la JLA, Veljko Kadi­jevič, Branko Mamula et Konrad Kolšek, trai­tent plus ou moins de la justi­fi­ca­tion de la défaite et de l’em­bel­lis­se­ment de leur rôle dans celle-ci. Leur appa­ri­tion a été provo­quée princi­pa­le­ment par l’opé­ra­tion du tribunal des crimes de guerre de La Haye sur le terri­toire de l’ex-Yougo­s­lavie, qui a égale­ment recueilli un certain nombre de témoi­gnages précieux à partir de son maté­riel dispo­nible sur le site Web du tribunal.

Les spécu­la­tions sur le commerce illégal d’armes entre la Slovénie et la Croatie ont pris fin avec le livre „Mémoires d’un soldat“ de Martin Špegelj, ministre croate de la défense pendant la guerre pour la Slovénie, dans lequel l’au­teur a fourni une descrip­tion détaillée de l’aide mili­taire que la Slovénie a cédée gratui­te­ment à la Croatie pendant et après la guerre.


Après la fin de son troi­sième mandat en tant que prési­dent de la Répu­blique de Slovénie, Milan Kučan a fondé en 2004 le Forum 21 qui, à quel­ques excep­tions près, rassem­b­lait des personnes deve­nues extrê­me­ment riches au cours de la dernière décennie et possé­dant aujour­d’hui certaines des plus grandes entre­prises de Slovénie.

De nombreux nouveaux docu­ments détail­lant le lien entre l’Udba slovène et les princi­paux commu­nistes pour empêcher la démo­cra­ti­sa­tion au début du Prin­temps slovène sont rassem­blés dans des recueils de docu­ments et de témoi­gnages inti­tulés „7 ans plus tard“ et „8 ans plus tard“ (tous deux publiés par la maison d’édi­tion Karan­ta­nija) et la publi­ca­tion „La déco­ra­tion symbo­lique du crime par le prési­dent“ publiée par la maison d’édi­tion Nova obzorja. Avec la publi­ca­tion „La haute trahison de la Slovénie – Désar­me­ment de l’armée slovène en mai 1990“ et les docu­ments qui y sont publiés, la même maison d’édi­tion a enfin fait la lumière sur cet acte honteux, qui aurait presque empêché l’in­dé­pen­dance de la Slovénie, et que le Dr Jože Pučnik et Ivan Oman ont décrit à juste titre comme une trahison de la Slovénie.

Diverses orga­ni­sa­tions d’an­ciens combat­tants ont recueilli des docu­ments et des témoi­gnages sur les prépa­ra­tifs de défense et la guerre pour la Slovénie dans les diffé­rentes provinces et muni­ci­pa­lités. L’ex­ploit le plus vaste a été réalisé par les habi­tants de Primorska Nord avec l’an­tho­logie „La gloire leur appar­tient à tous“, publiée par le musée de Goriška.

Les acti­vités de la police slovène, alors encore la milice popu­laire, pendant la période du MSNZ sont décrites dans l’an­tho­logie „Le réseau bleu caché“, et toute la période et le fonc­tion­ne­ment du MSNZ dans l’ou­vrage d’Albin Mikulič Rebels with a reason.

Attentes réali­sées et non réalisées

Dans „Mouve­ments“, j’ai égale­ment essayé de prédire l’avenir de manière assez immo­deste. Certaines prédic­tions se sont réali­sées, d’au­tres non. Je ne m’at­ten­dais pas à ce que la Slovénie devi­enne membre de l’UE et de l’OTAN aussi rapi­de­ment. Sans parler de l’ad­op­tion de la monnaie euro­péenne en 15 ans. Honnête­ment, mes attentes étaient plus élevées à l’époque, lorsque je pensais à la trans­for­ma­tion interne de la Slovénie en une société ouverte, libre et respons­able. Je pensais que nous attein­dr­ions cet objectif plus faci­le­ment et plus rapi­de­ment. Malheu­re­u­se­ment, cela ne s’est pas concré­tisé. La désin­té­gra­tion de l’an­cien système tota­li­taire a été lente, et certains des mono­poles qui avaient été mis à mal lors de l’in­dé­pen­dance ont été rapi­de­ment rétablis. J’ai décrit plus en détail les causes profondes de cette situa­tion au début de cette préface, et à plusieurs reprises en diverses autres occa­sions. Dans cette Préface, les évalua­tions et les aver­tis­se­ments que j’ai donnés ou écrits à plusieurs reprises sont répétés ou résumés à certains endroits. Certains d’entre eux devront certai­ne­ment être répétés à l’avenir, car ils reste­ront malheu­re­u­se­ment perti­nents pendant un certain temps au moins.

En 1993, la Slovénie est devenue membre du Conseil de l’Europe et, en 1996, l’As­sem­blée parle­men­taire de cette orga­ni­sa­tion a adopté la fameuse réso­lu­tion n° 1096 sur le déman­tèle­ment de l’hé­ri­tage des régimes commu­nistes tota­li­taires, dans laquelle elle a émis des aver­tis­se­ments drama­ti­ques à notre égard :

„Les dangers sont nombreux en cas d’échec du processus de tran­si­tion. Au mieux, l’olig­ar­chie régnera au lieu de la démo­cratie, la corrup­tion au lieu de l’État de droit et le crime orga­nisé au lieu des droits de l’homme. Dans le pire des cas, le résultat pour­rait être une restau­ra­tion veloutée du régime tota­li­taire, voire le renver­se­ment de la démo­cratie naissante.“

Aujour­d’hui, nous sommes prati­que­ment tous d’ac­cord pour dire que le processus de tran­si­tion d’un régime commu­niste tota­li­taire à une société démo­cra­tique, ouverte et respons­able en Slovénie n’a pas été couronné de succès. Nous sommes toujours au milieu d’une sorte de mer rouge, dans une crise écono­mique et sociale. Sous couvert d’in­térêt national, le mono­pole d’État a été main­tenu, ce qui a d’abord épuisé les contri­bu­ables slovènes et dévoré les salaires et les pensions dans le pays par le biais des aides d’État et du budget, et après l’ad­hé­sion à l’UE, avec l’aide de prêts poli­ti­ques et avec l’as­si­s­tance de la Banque de Slovénie.

Avec ces sorties d’ar­gent des contri­bu­ables, ils ont financé de mauvaises décisions commer­ciales, main­tenu leur mono­pole rouge dans les médias et le système judi­ci­aire, et grâce à ces trois éléments, ils ont conservé le pouvoir poli­tique majo­ri­taire dans le pays, quel que soit le gouver­ne­ment actuel. Ce pouvoir a toujours été contrôlé par au moins un parten­aire de coalition.

Des substi­tuts aux anci­ennes commis­sions des partis ont été créés. C’est ainsi que nous avons obtenu un commis­saire à l’in­for­ma­tion, un bureau de lutte contre la corrup­tion, puis une commis­sion. Outre les effec­tifs contrôlés, le média­teur, l’Of­fice pour la protec­tion de la concur­rence, l’Agence du marché des valeurs mobi­lières, la Cour des comptes et la Banque de Slovénie ont souvent rempli la même fonc­tion. De nombreuses insti­tu­tions étati­ques ou paraé­ta­ti­ques ont fait exac­te­ment le contr­aire de ce qui était censé être leur objectif principal.

Le mono­pole rouge dans les médias est devenu si évident que la pauvreté, les travail­leurs non payés et même les enfants affamés dispa­rais­sent mira­cu­leu­se­ment des gros titres dès le jour de la nomi­na­tion du gouver­ne­ment de gauche. Quel­ques jours plus tard, le journal de Ljub­l­jana écrit cyni­que­ment que la Slovénie a le plus grand nombre d’en­fants obèses en Europe. Les princi­pales chaînes de télé­vi­sion ont cons­acré vingt fois plus de temps de program­ma­tion à la suspi­cion du certi­ficat contro­versé de l’an­cien député SDS qu’à la suspi­cion de plagiat du candidat au poste de Premier ministre.

Les privilèges abond­ants de l’an­cien parti unique n’ont pris de nouvelles formes qu’au moment de l’échec de la tran­si­tion. Les maisons et appar­te­ments donnés et priva­tisés, les pensions excep­ti­on­nelles, les retraites à 40 ans pour les anciens de l‘ Udba et les allo­ca­tions aux anciens combat­tants ont même commencé à être transmis aux descen­dants dans certains cas. Ainsi, la préser­va­tion des acquis de la guerre de libé­ra­tion natio­nale et de la révo­lu­tion a pris une forme d’in­térêt très concrète : la préser­va­tion des privilèges. Des privilèges qui, en ces temps de crise, exigent plus que jamais les bour­sou­flures des gens et causent de nouvelles injus­tices en flèche à la popu­la­tion majoritaire.

Les mono­poles préservés et restaurés, la défor­ma­tion de la vérité sur l’in­dé­pen­dance slovène, la crise sociale et écono­mique – tout cela est forte­ment lié à première vue, mais dans la pratique, ce lien est indis­so­ciable. Il n’est donc pas surprenant que l’an­cien prési­dent ait récem­ment parlé si ouver­te­ment de la néces­sité de mener une fois pour toutes une „poli­tique du mérite de l’in­dé­pen­dance“. Les acteurs qui ont joué un double jeu au moment de l’in­dé­pen­dance, ont permis le désar­me­ment des forces armées slovènes et ont lutté contre la recon­nais­sance inter­na­tio­nale de la Slovénie – dans la période post-indé­pen­dance, ils ont étendu les modèles de compor­te­ment tota­li­taires à l’époque moderne et les ont même parti­el­lement intro­duits dans l’Union euro­péenne – sont bien consci­ents que le plus grand obstacle à leur domi­na­tion est le système de valeurs, le centre de valeurs des Slovènes formé pendant l’in­dé­pen­dance. Tant que celui-ci exis­tera, les esprits du passé ne gagne­ront pas.


Le processus de récon­ci­lia­tion initia­le­ment promet­teur s’est trans­formé en son contr­aire et a connu une fin infâme à la fin du mois d’avril 2013 à Stožice, où l’en­semble des diri­ge­ants de l’État slovène prés­ents dans la salle, symbole d’un capi­ta­lisme de copi­nage gros­sier, se sont levés pour chanter l’In­ter­na­tio­nale commu­niste. Sans parler de la célé­bra­tion des révo­lu­ti­onn­aires et assas­sins commu­nistes comme Che Guevara.


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La „gauche de tran­si­tion“, qui, en raison des privilèges et des charges des pères idéo­lo­gi­ques et souvent physi­ques avec le sang fraternel et les biens volés, ne parvient pas à sortir de ces cadres perni­cieux, ne peut main­tenir sa base idéo­lo­gique qu’avec une machine de propa­gande à grande échelle qui exige de grands efforts et d’énormes ressources finan­cières. Il contrôle encore aujour­d’hui la plupart des médias slovènes.

La doctrine pour l’avenir reste inchangée

La Consti­tu­tion slovène contient le texte du serment qui, après les élec­tions, est prêté par tous les plus hauts respons­ables de l’État. Par ce serment, ils s’en­ga­gent à „respecter la Consti­tu­tion, à agir selon leur consci­ence et à œuvrer de toutes leurs forces pour le bien-être de la Slovénie“. Le test par lequel nous pouvons véri­fier si un acte, une conduite ou un programme d’un indi­vidu, d’un groupe, d’un parti ou d’une option poli­tique est réel­lement conforme au serment consti­tu­ti­onnel est simple.

Lors­qu’un indi­vidu, un groupe, un parti ou une option poli­tique met en avant et souligne les valeurs, les événe­ments et les réali­sa­tions de l’in­dé­pen­dance slovène, qui nous ont placés sur la carte du monde et autour desquels les Slovènes se sont unis et unifiés comme jamais aupa­ra­vant dans leur histoire, alors il agit confor­mé­ment au texte et à l’esprit du serment constitutionnel.

En revanche, lors­qu’un indi­vidu, un groupe, un parti ou une option poli­tique met en avant les événe­ments et les moments qui nous ont divisés et détruits en tant que nation, alors il agit contr­ai­re­ment au texte et à l’esprit du serment consti­tu­ti­onnel. Et il n’y a pas eu d’époque plus dest­ructrice pour la nation slovène que la révo­lu­tion commu­niste fratricide.

Cette évidence est une vérité histo­rique indé­lé­bile. La gauche de tran­si­tion, qui, en raison des privilèges et des charges des pères idéo­lo­gi­ques et souvent physi­ques de sang fraternel et de biens volés, ne parvient pas à sortir de ces cadres perni­cieux, ne peut main­tenir sa base idéo­lo­gique qu’avec une machine de propa­gande à grande échelle qui exige de grands efforts et d’énormes ressources finan­cières. Puisque ce type d’idéo­logie n’est pas en mesure de créer les condi­tions de la créa­tion d’une nouvelle valeur, ils ont un besoin urgent de pouvoir, de contrôler les budgets, les banques d’État, les mono­poles d’État, les prêts étran­gers et, à travers tous ces instru­ments, en fin de compte les fonds des contribuables.

Gérer l’État en contra­dic­tion avec le centre de valeurs de la nation et de l’État slovènes, ou main­tenir l’af­fir­ma­tion, par ailleurs logi­que­ment contra­dic­toire, de Kučanov selon laquelle il existe plusieurs vérités, ce qui signifie en pratique que celle qui est proclamée par des haut-parleurs de plus en plus forts doit bien sûr préva­loir, a jusqu’à présent coûté au jeune État slovène des centaines d’op­por­tu­nités de déve­lo­p­pe­ment perdues, des dizaines de milliers d’em­plois et des oppor­tu­nités gâchées pour les indi­vidus de réussir dans la vie. Elle a fait peser sur les géné­ra­tions actu­elles et futures une dette exté­ri­eure qui, à l’heure actu­elle, dépasse nomi­na­le­ment la tota­lité de la dette de l’an­ci­enne RFSY.

Les haut-parleurs conti­nuent cepen­dant à jouer un air désa­streux, même si l’ar­gent vient enfin à manquer et même s’il est grand temps que la gouver­nance avec l’État s’ap­puie à nouveau sur les valeurs qui l’ont créé.

Chaque fois qu’un tel moment d’ex­tré­mité se produit dans l’his­toire, des chan­ge­ments se produisent.



Janez Janša, Premier ministre de la Répu­blique de Slovénie

Janez Janša, Premier ministre slovène :
La Slovénie, ma patrie

Dans l’his­toire de chaque nation, il existe un moment précis­é­ment défini qui permet à une nation de devenir souver­aine, son propre maître sur sa propre terre. Ce moment reflète l’at­ti­tude posi­tive de la plupart des citoyens ou des membres de la nation. Un tel moment repré­sente le centre des valeurs de la nation. Pour nous, Slovènes et citoyens de la Répu­blique de Slovénie, c’est le moment de l’indépendance.

Cette année marquera les trente ans de la réunion de la coali­tion Demos les 9 et 10 novembre 1990 à Poljče. Lors de cette réunion, la décision histo­rique a été prise de convo­quer un réfé­rendum pour une Slovénie indé­pen­dante. La décision de Demos dans l’af­faire Poljče était juste, décisive et déter­mi­nante. Mais cette décision ne s’est pas imposée d’elle-même. Il a fallu du courage. Elle a été prise à un moment où toute autre poli­tique aurait été cynique et calcu­latrice et aurait gaspillé une fois de plus l’op­por­tu­nité histo­rique de la nation slovène. Et la ques­tion est de savoir quand, si jamais, une telle oppor­tu­nité se prés­en­tera à nouveau. Je remercie donc sincè­re­ment tous ceux qui, ce jour de novembre, ont mis de côté tous leurs doutes et leurs craintes et ont décidé de ce qui était juste et de ce qui était le plus néces­saire à ce moment-là. Cette décision a ensuite été suivie d’un accord poli­tique visant à faire front commun lors du plébi­s­cite pour une Slovénie indépendante.

Le jour du plébi­s­cite, le 23 décembre 1990, restera à jamais inscrit dans l’his­toire de la Slovénie comme un jour spécial. Avec un taux de parti­ci­pa­tion de 93,2%, 95% d’entre nous ont voté pour une Slovénie indé­pen­dante. La nation a compris le carac­tère unique de ce moment histo­rique et a ainsi prouvé sa matu­rité, sa sagesse et sa volonté de devenir un État souverain libre. C’était la seule fois dans l’his­toire où la nation slovène a réel­lement créé son propre destin.

Six mois plus tard, le 25 juin 1991, après des débats et des votes passi­onnés sur les lois d’in­dé­pen­dance, dont les plus import­antes ont été adop­tées à quel­ques voix près par la petite majo­rité de Démos, l’As­sem­blée natio­nale slovène a adopté la loi consti­tu­ti­on­nelle mettant en œuvre la Charte consti­tu­ti­on­nelle fonda­men­tale sur la souver­ai­neté et l’in­dé­pen­dance de la Répu­blique de Slovénie à la majo­rité requise des deux tiers, par laquelle la Slovénie a assumé l’an­ci­enne juri­dic­tion fédé­rale sur son terri­toire. La Slovénie devient un État indé­pen­dant et souverain. Il n’y avait pas de retour en arrière possible, et l’Armée popu­laire yougo­s­lave a tenté d’em­pêcher de manière agres­sive le chemin vers une nouvelle vie.

Nous avons dû défendre immé­dia­te­ment la liberté de notre nation en prenant les armes. Au cours de ces semaines, jours et heures de juin et juillet 1991, tout était en jeu. Un avenir indé­pen­dant et euro­péen pour les Slovènes, un système démo­cra­tique, notre reli­gion et notre droit, la prospé­rité et nos vies. C’était l’époque où, désarmée en mai 1990, la nation défen­dait une fois de plus ses droits, décla­rait une Slovénie indé­pen­dante et résis­tait vigou­re­u­se­ment à l’ag­res­sion de l’Armée popu­laire yougoslave.

À cette époque, un petit pour­cen­tage de Slovènes qui, avec le soutien massif de la nation, ont pris toutes les armes dispo­nibles et, avec la défense civile, se sont opposés à la cinquième armée la plus puis­sante d’Europe, ont réalisé l’im­pos­sible grâce à leur courage et ont écrit l’acte final de la tran­si­tion de la nation slovène vers un État. Le courage des Slovènes a été admiré par le monde entier à cette époque. Les repré­sen­tants des pays les plus puis­sants du monde, qui affir­maient quel­ques jours avant la guerre qu’ils ne nous recon­naî­traient jamais, ont changé d’avis à cause de notre courage. Malgré l’op­po­si­tion d’une partie de la poli­tique de gauche à notre indé­pen­dance réelle, la nation était unie. Unie comme jamais aupa­ra­vant et très courageuse.

L’unité de la nation, le courage de ceux qui étaient armés, la forte volonté poli­tique de la coali­tion gouver­ne­men­tale Demos dirigée par le Dr Jože Pučnik et l’in­itia­tive de nombreux comman­dants indi­vi­duels d’unités tacti­ques de la défense terri­to­riale et de la police ont forgé une victoire dans la guerre pour la Slovénie. Une victoire élevée dans sa fina­lité à l’Olympe slovène, une victoire plus importante que toutes les batailles que nos ancê­tres – souvent malheu­re­u­se­ment aussi pour d’au­tres – ont menées à travers les tour­bil­lons de l’his­toire ingrate des siècles passés.

Chaque jour, la guerre pour la Slovénie a révélé des milliers de héros dans la nation slovène. Des garçons et des hommes qui ont surmonté la peur par amour pour leur patrie. Ils ont pris les armes pour défendre leur maison, leur reli­gion et leur loi. La Slovénie. Ils ont fait un excel­lent travail.

Pour para­phraser la célèbre cita­tion de Winston Chur­chill après la bataille d’An­gle­terre, nous pouvons dire que jamais, dans l’his­toire de la nation slovène, tant de gens n’ont dû autant à si peu de compatriotes.

Après leur victoire, ils sont retournés dans leurs foyers. L’État les a peut-être souvent oubliés, mais leur patrie ne les oubliera jamais. Ce fut un moment char­nière, une grande ode à la nation slovène. Nous nous sommes levés et, grâce à leur courage, nous avons vaincu.

Mais, malheu­re­u­se­ment, il y a eu aussi ceux qui ont été victimes de cette guerre. Nous sommes recon­nais­sants envers tous ceux qui ont fait le don le plus précieux – leur vie – pour réaliser le rêve de la nation. Et nous entre­te­nons leur mémoire avec toute notre reconnaissance.

En regar­dant notre parcours, tout ce que nous avons accompli en tant que nation au cours de ces vingt-neuf années, ce qui est vrai­ment très court pour un pays, nous pouvons être fiers. Nous avons beau­coup accompli, mais nous avons aussi raté de nombreuses occa­sions. Aussi, parce que nous avons laissé les vieux griefs, la haine, la distance cynique et les divi­sions reprendre leur pouvoir. Parce que le bon qui est en chacun de nous s’est tu lorsque le mauvais a repris sa marche et a stoppé l’ent­housi­asme créatif.

Cepen­dant, les épreuves que la vie nous fait subir nous appren­nent sans cesse que nous sommes, en fait, forts lorsque nous sommes connectés et unifiés. Ce n’est que dans l’unité que nous pouvons progresser en tant que nation et société, en surmon­tant même les plus dures adver­sités. Notre dernière expé­ri­ence dans la lutte contre le coro­na­virus n’a fait que le confirmer. Malgré les divi­sions poli­ti­ques, comme ce fut le cas lors de notre parcours vers l’in­dé­pen­dance, nous avons pu, en tant que nation ayant compris que notre santé est irrem­pla­çable, indi­vi­sible et égale­ment ines­tim­able pour tous, gagner la première bataille contre le virus. Je suis convaincu qu’en­semble, en agis­sant de manière respons­able, nous pour­rons surmonter toute nouvelle épidémie d’in­fec­tion. En outre, je tiens à exprimer mes sincères condo­lé­ances et mon empa­thie aux amis et aux familles de tous ceux qui sont décédés à cause du coronavirus.

À l’oc­ca­sion de l’an­ni­ver­saire de notre patrie, je jette un regard en arrière sur le chemin que nous avons parcouru et j’espère que nous nous rendrons plus souvent compte du grand honneur et du privilège que repré­sente le fait qu’avec notre décision, nous avons pu réaliser le rêve d’un État indé­pen­dant et justi­fier les sacri­fices, les efforts, le travail et les prières de nombreuses géné­ra­tions de Slovènes.

J’espère que nous considé­rons notre pays indé­pen­dant comme un grand cadeau et une oppor­tu­nité pour tous de se l’ap­pro­prier, d’en prendre soin et de faire de notre mieux, chacun à sa manière. Tout comme nous prenons soin des personnes que nous portons dans nos cœurs.

J’espère que, depuis que notre décision commune lors du plébi­s­cite est devenue une réalité sous la forme d’un État souverain et indé­pen­dant, nous ne dirons plus jamais que rien ne peut être fait. Que rien ne peut être changé. Le pouvoir d’une nation unifiée est une force inar­rêtable. Si elle est réunie pour une noble cause, la Créa­tion entière nous aidera à l’atteindre.

J’espère que, suite aux événe­ments extra­or­dinaires qui se sont déroulés à la fin de l’année 1990 et au premier semestre 1991 et qui n’ont pas eu d’équi­va­lent dans notre histoire jusqu’à ce jour, nous n’aban­don­ne­rons jamais. Que nous saurons préserver notre lien avec cette époque qui, avec son inten­sité qui a surmonté tous les obsta­cles, a conduit à la nais­sance de notre pays souverain et indé­pen­dant à cette époque capi­tale. C’est le centre des valeurs de la nation slovène dans lequel les forces créa­tives, spiri­tu­elles et maté­ri­elles de la nation se sont rassem­blées dès le début.

J’espère que nous cana­li­se­rons toujours notre force et notre créa­ti­vité à partir de ce centre de valeurs. Que nous y trou­vions un abri après les tempêtes et le repos après avoir traversé des épreuves. Que nous ne fassions qu’un avec lui et les uns avec les autres.

J’espère que le drapeau slovène flot­tera fière­ment dans tous les foyers de notre chère patrie en l’hon­neur de ce grand anni­ver­saire. Que dans les jours d’été à venir, nous décou­vr­ions la beauté cachée de notre pays et réali­se­rons à quel point il est magique. Avec le son des cloches, un don de Dieu. Créées pour nous. Joyeux anni­ver­saire, Slovénie !

Mes sincères féli­ci­ta­tions pour le jour de l’indépendance.


Le dimanche des Rameaux, le 8 avril 1990, les premières élec­tions démo­cra­ti­ques après la Seconde Guerre mondiale ont eu lieu en Slovénie. Le second tour des élec­tions a eu lieu le 22 avril 1990 (sur la photo : le prési­dent de Demos, Jože Pučnik, aux urnes).

Le premier gouver­ne­ment slovène démo­cra­ti­que­ment élu après la Seconde Guerre mondiale a été confirmé par l’As­sem­blée slovène le 16 mai 1990. L’ob­jectif principal du gouver­ne­ment Démos était l’in­dé­pen­dance de la Répu­blique de Slovénie.


La décision du plébi­s­cite sur l’in­dé­pen­dance de la Répu­blique de Slovénie a été prise sous la direc­tion du dr Jože Pučnik lors de la confé­rence du club des députés Démos à Poljče le 9 novembre 1990. La date du plébi­s­cite a été fixée au 23 décembre 1990.


Le jour du plébi­s­cite, le 23 décembre 1990, 1 289 369, soit 88,5 % des élec­teurs éligi­bles, ont entouré le mot OUI sur le bulletin de vote, ce qui signi­fiait qu’ils étaient pour la Répu­blique indé­pen­dante de Slovénie (photo : prési­dent du gouver­ne­ment indé­pen­dan­tiste Demos Lojze Peterle).

Le 25 juin 1991, lors d’une session solennelle, l’As­sem­blée de la Répu­blique de Slovénie a adopté les docu­ments d’in­dé­pen­dance, sur la base desquels les organes répu­bli­cains slovènes ont commencé à assumer les fonc­tions de la Répu­blique socia­liste fédé­ra­tive de Yougo­s­lavie en voie de désintégration.

La procla­ma­tion solennelle de l’in­dé­pen­dance de la Répu­blique de Slovénie a eu lieu le 25 juin 1991 sur le Trg repu­blike. La Slovénie est devenue un État indé­pen­dant et souverain. Il n’y avait pas de retour en arrière possible, et le chemin vers une nouvelle vie a été immé­dia­te­ment empêché par l’ag­res­sion de la JLA.


L’ag­res­sion contre la Slovénie a été menée par des unités et des comman­de­m­ents de la JLA les 26 et 27 juin 1991 (sur la photo : la péné­tra­tion d’unités de la JLA vers le passage de la fron­tière avec l’Italie le 27 juin 1991), mais elles ont rapi­de­ment été confron­tées à une forte résis­tance des forces armées slovènes qui défen­daient leur patrie atta­quée – la Répu­blique de Slovénie.


Chaque jour, la guerre pour la Slovénie a décou­vert des milliers de héros dans la nation slovène, des garçons et des hommes qui ont surmonté leur peur par amour pour leur patrie. Ils ont pris les armes pour défendre leur maison, leur foi et leurs lois, la Slovénie. Ils ont fait un excel­lent travail (photo : un membre de la défense terri­to­riale de la Répu­blique de Slovénie sur un char JLA saisi).

Je souhaite qu’à l’oc­ca­sion de notre plus grande fête, les drapeaux slovènes flot­tent fière­ment en l’hon­neur de notre chère patrie et qu’au cours des jours d’été à venir, nous décou­vr­ions ses beautés jusqu’a­lors cachées et réali­sions à quel point elle est magique. Née dans le son des cloches, donnée par Dieu. Créée pour nous. Bonne chance, Slovénie !


Abré­via­tions / Terminologie

CK ZKS Centralni komite Zveze komu­nistov Slovenije Comité central de l’Union des commu­nistes de Slovénie
DEMOS Demo­kra­tična opozi­cija Slovenije Oppo­si­tion démo­cra­tique de Slovénie
DZ-RS Državni zbor Assem­blée nationale
JBTZ afera JBTZ (proces proti četve­rici: Janša, Borštner, Tasić, Zavrl) Affaire JBTZ ; cf. en.wikipedia.org/wiki/JBTZ_trial
JLA = JNA Jugo­slo­vanska ljudska armada (slov.) = Jugo­slo­venska narodna armija (serb.-croat.) l’Armée popu­laire yougo­s­lave, Armée fédérale
KPJ Komu­nis­tična partija Jugoslavije Parti commu­niste de Yougoslavie
LDS Libe­ralna demo­kra­cija Slovenije Démo­cratie libé­rale de Slovénie
LS Libe­ralna stranka Parti libéral [prédé­ces­seur de LDS]
MSNZ Mane­vrska struk­tura nacio­nalne zaščite Struc­ture de manœuvre de la défense nationale
NOB Narodno oslo­bo­di­lačka borba guerre de libé­ra­tion nationale
RŠTO Repu­bliški štab za teri­to­ri­alno obrambo Quar­tier général de la défense terri­to­riale républicaine
SD Socialni demo­krati Les sociaux-démo­crates
SDV = SDB Služba državne varnosti (slov.) = Služba državne bezbednosti (serb.-croat.) Service de sécu­rité de l’État, police secrète communiste
SFRJ Socia­lis­tična fede­ra­tivna repu­blika Jugoslavija Répu­blique fédé­ra­tive socia­liste de Yougo­s­lavie (RFSY)
TO Teri­to­ri­alna obramba Défense terri­to­riale ; forces armées ; le TO de la RS
RS Repu­blika Slovenija Répu­blique de Slovénie
UDBA Uprava državne varnosti (slov.) = Uprava državne bezbednosti (serb-croat.) Admi­nis­tra­tion de la sécu­rité de l’État
VIS Varnostno-infor­ma­tivna služba Service de sécu­rité et d’information
ZKS Zveza komu­nistov Slovenije Ligue des commu­nistes de Slovénie
ZKS-SDP Zveza komu­nistov Slove­nije – Social­de­mo­k­ratska stranka Ligue des commu­nistes de Slovénie – Parti social-démo­crate [prédé­ces­seur des Sociaux-démocrates]
ZZB Slove­nije Zveza združenj borcev za vred­note NOB Slovenije Fédé­ra­tion des asso­cia­tions de combat­tants de Slovénie
( ) „Izbri­sani“ les „supprimés“
( ) tran­zi­c­ijska levica la gauche poli­tique de transition

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